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L'ancien château d'Anglure

Reconstitution de la façade du château d'Anglure d'après les plans de Jérémie de la Rue


La seigneurie d'Anglure, de la châtellenie du Bois-Sainte-Marie (vers 1540), « érigée en marquisat en 1715, était depuis le milieu du XVe siècle aux de Montagny, d'après les Mazures de l'Ile Barbe, qui citent un Guichard de Montagny, seigneur du lieu et d'Anglure, vers 1430 » (Mgr Rameau, Les anciens fiefs du Mâconnais). Vers 1578, Claude de Montagny légua la terre d'Anglure à sa seconde femme qui la porta elle-même à son second mari, Antoine d'Amanzé. Jean de La Franchise, capitaine du château de La Clayette, est seigneur d'Anglure en 1597. La seigneurie passa ensuite, par alliance, aux de Franc. Jean de Franc reprend en effet de fief le 18 juin 1648 et donne le double dénombrement des seigneuries d'Esserteaux et d'Anglure le 30 avril 1649. Jean de Franc est encore bien désigné comme seigneur d'Anglure lors d'un contrat de vente signé le 3 août 1656 (reçu Beneyton, notaire à Lyon), en faveur du prieur et des religieux de la chartreuse du Lys du Saint-Esprit de la ville de Lyon, acquéreurs de la châtellenie de Crèches en Mâconnais (selon L. Lex, Les fiefs du Mâconnais).

C'est en 1678 que Jean Donguy, vicomte de Mably (canton de Roanne, Loire), seigneur d'Origny (commune d'Ouches, Loire), Bussières et Les Champs (commune de Bussières), écuyer ordinaire du roi, reprit de fief pour les seigneurie d'Esserteaux et Anglure « à lui données en faveur de mariage par messire Jean Donguy, vicomte de Mably, son père ». Pour cette même seigneurie d'Anglure Bernard de Noblet-Chénelette reprenait de fief le 26 juin 1703, « en qualité de mari de dame Jeanne Donguy d'Origny, qui était donataire de messire Jean Donguy, chevalier, vicomte de Mably, écuyer ordinaire du roi, son père, par acte du 24 janvier 1698, reçu Henry, notaire à Roanne » (ibidem, p. 64-65). Bernard de Noblet-Chénelette, fils de Jean-Eléonore et de Claudine de Ganay, avait épousé en 1695 (contrat de mariage du 19 novembre) Jeanne Donguy et, à l'occasion de cette union, Jean-Eléonore avait constitué en dot à son fils les terres de Montgesson, Grand-Vaux et Avaize (pour lesquelles l'époux reprit de fief le 14 mai 1696), tandis que Jean Donguy dotait sa fille des terres d'Esserteaux et Milly et de la seigneurie de Serrières (1), sous réserve d'usufruit et avec une clause de retour en cas de décès prématuré de l'épouse ou d'absence de postérité laissée par celle-ci.

Alexandre-Marie de Noblet, fils aîné de Bernard de Noblet, seigneur de La Clayette et héritier de feue Jeanne Donguy d'Origny, sa mère, reprit lui-même de fief le 13 juillet 1733 des seigneuries d'Anglure, les Esserteaux et Serrières.

(1) Jean Donguy avait reprit de fief et donné le dénombrement des 2/3 de la seigneurie de Serrières (l'autre tiers lui appartenant) et pour le fief de Milly, le 23 juillet 1685. Armes des Donguy, famille originaire de Charlieu : « de gueules à la fasce d'or chargée de trois étoiles d'argent ».

Né en 1699, capitaine au régiment Piémont, chevalier, marquis de Noblet d'Anglure, seigneur de Mussy, Esserteaux, Serrières, Vergisson, Montchanin (toponyme disparu), etc., il avait épousé en 1728 Mademoiselle du Bost du Petit Bourg (1) ; il fut la tige des marquis d'Anglure (Claude-Alexis son frère, celle des marquis de La Clayette). Par testament en date du 18 février 1756, il prit pour héritier universel son fils Charles-Etienne, né en 1739, lequel reprit de fief pour Anglure et Serrières le 10 décembre 1764 (Catherine-Jacqueline, sœur de Charles-Etienne, fut héritière légataire de la terre des Esserteaux). Jeanne-Louise du Petit Bourg, épouse de Noblet d'Anglure, avait elle-même testée le 13 mars 1755 en faveur de Charles-Etienne, son fils ; elle léguait au Bureau de bienfaisance de Mussy-sous-Dun une rente annuelle et perpétuelle de 40 francs aux pauvres (800 francs, en principal). Le dénombrement des seigneuries d'Anglure et Serrières, en date du 18 mars 1770, fut fait par Charles-Etienne de Noblet « demeurant en son château dudit Anglure » lequel décéda à l'âge de 74 ans le 4 septembre 1812 (état civil de la commune de Mussy-sous-Dun). Son legs testamentaire en faveur du Bureau de bienfaisance de la commune de Mussy (14 mai 1812) fut autorisé par décret impérial du 14 avril 1813 : 400 francs, auxquels s'ajoutèrent 341,50 francs représentant la valeur de certains effets mobiliers. 63 pauvres de la commune de Mussy-sous-Dun furent secourus en 1813, grâce à cette libéralité (Archives de Saône-et-Loire, série O : Mussy-sous-Dun ; dons et legs).

(1) Il céda, par contrat en date du 24 juillet 1743 (reçu Dechagnie, notaire à La Clayette) la seigneurie de Montchanin et le domaine et fief appelé de Montaigu, situé en la paroisse de Chauffailles, à Laurent Dubost de Tavannes, écuyer, seigneur de Petit-Bourg, la Goutelle et autres lieux, demeurant ordinairement à Lyon ; la reprise de fief porte la date du 10 décembre 1743.

Selon l'Annuaire de Saône-et-Loire de 1856, cette ancienne demeure qui avait été la résidence du marquis d'Anglure n'apparaissait plus « que sous l'aspect d'une simple habitation bourgeoise » ; en partie démolie pendant la période révolutionnaire le château était « dépourvu de ses fortifications et des grandes tours qui le rendaient si pittoresque ». Le marquis de Noblet d'Anglure, présent, en 1789, aux Etats à Mâcon, fut ensuite porté émigré.

Pour la petite histoire, « on croit que c'est (au château d'Anglure) que naquit le maréchal Devaux, seigneur de la Porte, à la sollicitation de qui Louis XIV accorda l'ouverture de la route qui met en communication la Saône et la Loire » (Annuaire de Saône-et-Loire, 1856). Le château possédait sa chapelle, « bénite, par l'archiprêtre, peu avant 1705 » (Mgr Rameau, Les paroisses de l'ancien diocèse de Mâcon, p. 153).

Benoît Odin, domicilié à Saint-Igny-de-Vers était en 1829, selon les matrices cadastrales de la commune de Mussy-sous-Dun propriétaire du domaine du Bas d'Anglure, emplacement de l'ancien château de la famille de Noblet d'Anglure. La première matrice cadastrale d'Anglure, après la création de cette nouvelle commune (1er septembre 1869) porte le nom du nouveau propriétaire à cette date, Jean-Baptiste Pierron, avocat à Villefranche-sur-Saône, gros propriétaire foncier, auquel succéda le docteur Auguiot-Pierron, médecin à Villefranche, puis à Lyon 13, rue d'Enghien ; biens transmis aux pauvres d'Anglure, de Villefranche-sur-Saône et de Lyon, respectivement pour 1/3, 1/4 et 1/4, à partir de 1910, et par « Auguiot, usufruitier, à Saint-Georges de Reneins ». Antoine Labrosse-Gonachon devint, en 1913 (selon la nouvelle matrice cadastrale établie en 1881 propriétaire du domaine du Bas d'Anglure, correspondant à l'emplacement de l'ancien château. (1)

Les mêmes familles Odin, Pierron et Auguiot-Pierron ont également possédé le tènement B 1246 à 1251 implanté au chef-lieu, dans le voisinage de la mairie-école.

Note : Une Benoîte Odin, veuve de Pierre Aucourt, née à Saint-Germain-la-Montagne (Loire) vers 1745, décéda le 19 mars au domicile de Claude Aucourt, à Anglure ; les témoins de l'acte d'état civil sont ses deux fils également prénommés Claude et âgés de 36 et 50 ans.

Un Benoît Odin, fils de Jean et de Benoîte Gardette, décéda à Anglure le 4 octobre 1850 ; il était veuf de Marie Giraud. Jean-Benoît, fils des époux précités, décéda célibataire et à l'âge de 31 ans le 25 septembre 1836 au domicile de son père ; Claude Aucourt, voisin et âgé de 48 ans, est témoin de l'acte d'état civil.

(1) Maria Gonachon est encore, aujourd'hui (Annuaire des P. et T. 1991) domiciliée au Château, et deux autres membres de la famille Gonachon sont domiciliés au bourg et à Pierre-Chèvre. Trois mariages Gonachon furent célébrés en 1893, 1899 et 1901, à Anglure (Antoine Gonachon - Marie-Thérèse Troncy : 7 janvier 1893 ; Benoit-Marie Gonachon - Jeanne-Marie Laroche : 18 juin 1899 ; Jean Gonachon - Etiennette Marie Augustine Descroux : 10 avril 1901).

La parcelle cadastrale B 1172 était déjà détachée en 1871 des propriétés Pierron et Auguiot, puisque les matrices cadastrales mentionnent les noms de nouveaux propriétaires : de 1871 à 1881, Claude Laroche, puis Claude Livet, tailleur à Anglure, et, enfin, Jean-Marie Marin, domicilié à Anglure.

Le bâtiment rural qui se trouve implanté dans le vallon du Bas d'Anglure et à proximité du ruisseau du Pontet : à l'emplacement de l'ancien château de la famille de Noblet d'Anglure présente un plan en équerre dont le côté rectiligne le plus long est exposé à l'Ouest. Haut d'un rez-de-chaussée non surélevé et d'un second niveau, il est couvert d'un toit à la Mansart pourvu de deux petites lucarnes sur le côté Sud donnant sur une cour intérieure. Tous les percements sont rectangulaires. Une grande porte charretière est ménagée à l'extrémité Sud-Est de l'aile réservée aux dépendances ; immeuble agrandi par une construction plus basse, sous toiture à deux rampants, également à usage de grange. Un bâtiment hors œuvre, à proximité de l'aile en équerre réservée au logement proprement dit complète le domaine environné de prairies.

Documentation :

- L. Lex, Les fiefs du Mâconnais, Mâcon, Protat frères, Imprimeurs, 1897.
- Mgr Rameau, Nobiliaire Mâconnais, manuscrit.
- Matrices cadastrales de la commune d'Anglure-sous-Dun.

Source : Fiche monument établie en 1991 par Mme A.M. Oursel, inventaire du patrimoine de la commune d'Anglure-sous-Dun, ancien château (AD71).

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