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Le bailliage de Mâcon en 1666

Bailliage de Mâcon en 1666, description de Chauffailles

[Source : M. Devèze, Actes du 89° Congrès national des sociétés savantes, Lyon (1964). BNF/Gallica]

Lors du 84° congrès des Sociétés savantes, à Dijon, en 1959, j'avais consacré mon mémoire à la situation des communautés bourguignonnes du bailliage d'Arnay-le-Duc en 1665. Ce mémoire était en grande partie l'exposé analytique de leur condition financière, économique, sociale et administrative, telle qu'elle se trouve décrite, commune par commune, pour cette région dans un questionnaire de l'époque de Colbert, résultat d'une grande enquête décidée par le célèbre ministre (1). Je voudrais, cette année, tenter la description, provenant essentiellement de la même source, des communautés d'un bailliage situé à l'autre extrémité de la Bourgogne, à la frontière du Lyonnais, le bailliage de Mâcon.

(1) Les neufs volumes du questionnaire se trouvent à la Bibliothèque nationale (550 Colbert 264 à 272). Une copie exacte se trouve d'autre part aux Archives Départementales de la Côte-d'Or (C 2.882 à 2.891).

Je ne veux revenir qu'en peu de mots sur la considérable documentation offerte par les questionnaires de l'intendant Bouchu sur l'ensemble de la Bourgogne au début du règne de Louis XIV. Le document sur les paroisses de Bourgogne a été rédigé pour l'essentiel en 1665. En effet, on s'y réfère généralement pour chaque paroisse aux impositions de cette année-là, et pour un certain nombre d'entre elles seulement à celles de 1666. Le questionnaire ne répond pas exactement à la circulaire de mars 1664 envoyée par Colbert à tous les intendants, comme le supposait M. Edmond Esmonin. Il est en effet plus spécialisé dans l'étude des communautés rurales elles-mêmes, si petites soient-elles, que dans la description des classes élevées (tableau du clergé, de la conduite et des richesses des principaux nobles, de l'attitude et de l'autorité des officiers royaux) que réclamait cette circulaire et qu'exécutèrent les autres intendants dont on a conservé les mémoires (Voisin de la Noiraye à Rouen, de Pomereu à Moulin, Machault à Châlon, Colbert de Croissy en Bretagne, puis en Alsace) (2). Le document de l'intendant Bouchu sur la Bourgogne est beaucoup plus démocratique, et dans une certaine mesure original : d'abord, parce que chaque paroisse, quelles que soient sa population et sa surface, est décrite également, dans le même cadre de quatre pages, ce qui est peut-être fâcheux pour les villes importantes comme Mâcon et Cluny, mais ce qui est très profitable aux villages. Le document est particulièrement précieux pour l'histoire des communautés rurales, très négligées jusqu'alors dans toutes les descriptions administratives : il comporte en effet les réponses à quatorze questions :

1° Le nom de la paroisse, des fiefs, hameaux et métairies qui en dépendent ;
2° Les subdivisions administratives dont elle relève (évêché, bailliage, grenier à sel, recette des finances) ;
3° Les noms des seigneurs, leurs qualités, facultés, mœurs et « employs » ;
4° De quelle justice relevait la paroisse ;
5° Le revenu de la seigneurie, l'étendue du « finage », l'état du commerce, les rivières et les ponts ;
6° La description des cultures, le prix de l'arpent de terre labourable, de l'arpent de vigne, de bois ou de pré ;
7° Le nombre des feux de l'ensemble de la paroisse, et la richesse relative des habitants ;
8° La somme des impositions, leur nature ;
9° Les péages ou octrois; les charges ordinaires de la communauté ;
10° Les dettes éventuelles ;
11° Les communaux : leur situation, s'il y en a eu d'usurpés ou d'aliénés et à quel prix ;
12° Le curé, le collateur et les revenus de la cure ;
13° La dîme, sur quoi elle se lève, si elle est affermée ;
14° La description des églises et bénéfices situés sur le territoire de la paroisse (3).

(2) Le Mémoire sur la généralité de Rouen, de Voisin de la Noiraye, a été édité avec commentaire par M. Edmond Esmonin (dans sa thèse complémentaire, 1913). Les autres mémoires sont à la Bibliothèque nationale, 500 Colbert (n° 273, 279-280).
(3) La partie de l'ouvrage qui correspond au bailliage de Mâcon se trouve dans le manuscrit Colbert, n° 266.


En réalité, le mémoire de Bouchu nous a été livré à l'état brut, tel qu'il a été rempli par les subdélégués de l'intendant chargés de la récolte des renseignements, sans aucune synthèse, alors que pour les autres provinces, on dispose de synthèses plus ou moins ramassées, dont les questionnaires de base, au contraire, ont été perdus. D'autre part l'intendant Bouchu a répondu par cet envoi massif de 9 in folio représentant pour toute la province 7.800 pages à plusieurs demandes de Colbert à la fois (notamment à des circulaires d'août et novembre 1665 réclamant une documentation d'ordre économique).

Tel qu'il est, ce manuscrit n'a intéressé qu'un seul historien, Gaston Roupnel, qui, avec les dons d'évocation qui le caractérisaient, a pu, grâce à lui décrire « La ville de Dijon et les campagnes dijonnaises au XVII° siècle » (4). Roupnel considérait lui-même le questionnaire de Bouchu comme un document de premier ordre, bien supérieur par sa variété, sa précision et son caractère exhaustif aux anciennes « visites de feux » organisées auparavant par les États de Bourgogne. Je crois qu'il faut aller plus loin, et le considérer vraiment comme « le premier monument statistique et descriptif des collectivités locales d'une province française ».

(4) La belle thèse de P. de Saint-Jacob, Les paysans de la Bourgogne du Nord au dernier siècle de l'Ancien régime, ne commence qu'en 1685.

Je ne reviens également que très brièvement sur les conditions historiques de la rédaction du mémoire : bien que, comme on va le voir, le Mâconnais eut des États particuliers, le mémoire a été entrepris par l'intendant lui-même et rempli par ses subordonnés directs. Il a été d'autre part rédigé au moment où trois problèmes importants suscitaient l'attention des administrateurs : 1° la liquidation des dettes des communautés, provoquées par la misère des temps, en particulier par les guerres ; 2° la réformation des eaux et forêts, entreprise en haut lieu par Colbert lui-même ; 3° le réexamen des charges fiscales, souvent trop élevées dans les provinces frontières comme la Bourgogne qui avaient souffert des longs séjours des soldats sur leur territoire.

I. Les institutions

a - La situation particulière du comté de Mâconnais

Dans l'ensemble de la Bourgogne, le bailliage de Mâcon (correspondant à très peu de chose près à l'ancien comté de Mâconnais bénéficiait de plusieurs avantages : tout d'abord, par sa position géographique, il s'était trouvé presque toujours à l'écart des combats qui avaient fait rage dans le nord de la Bourgogne lors de la guerre des Deux Couronnes (France et Espagne) dont l'une occupait le duché de Bourgogne et l'autre la Comté. D'autre part, le Mâconnais possédait des États qui étaient chargés de la répartition de l'impôt principal, la taille, et passait en Bourgogne pour avoir une quote-part qui lui était beaucoup trop favorable (5).

Enfin, bien que le Mâconnais comprît toute une partie montagneuse et pauvre, au Sud-Ouest et au Centre, appartenant aux terrains cristallins du Massif Central (700 m maximum), tout le Nord était moins élevé et plus fertile, reposait sur les lias et surtout sur les calcaires jurassiques : de plus, le Mâconnais possédait l'avantage de longer la Saône, rivière très navigable, sur plus de 15 lieues, et de posséder, sur les terrasses et les côtes orientales de la montagne, un vignoble presque aussi renommé que celui de la Côte-d'Or.

Le bailliage de Mâcon avait une forme très bizarre, par suite des circonstances historiques de sa formation, sauf à l'Est, le long de la Saône (pourtant de ce côté, lui appartenaient trois paroisses situées sur la rive gauche du fleuve, en Bresse) (6). Poussant une pointe au Sud, jusqu'à une cinquantaine de kilomètres de Lyon, sa limite méridionale fort tourmentée correspondait à l'actuelle frontière des deux départements du Rhône et de Saône-et-Loire (trois communes cependant Lancié, Saint-Bonnet et Aigueperse, aujourd'hui dans le Rhône, dépendaient cependant à cette époque du Mâconnais). A l'Ouest, le bailliage possédait la majeure partie du Brionnais (sauf Semur) et poussait une pointe jusqu'à la Loire (Marcigny), mais revenait ensuite très vite vers le Nord-Est, en contournant le comté de Charolais. Au Nord, une grosse excroissance, rattachée au reste du bailliage par un petit pédoncule, correspondait à la châtellenie royale de Saint-Gengoux, région de vignobles assez estimés (7). Sur la Saône, la région de Tournus constituait la limite septentrionale du Mâconnais.

(5) Il y eut précisément plainte des deux autres comtés qui faisaient partie de la Bourgogne, les comtés de Charolais et de Bar-sur-Seine, en 1662. Sous le prétexte que le Mâconnais, qui ne supportait que l'onzième partie des impositions de toute la province, n'était pas « à sa juste cote » (Arch. Dép. Saône-et-Loire, C 559).
(6) Romany, Préty et Lacrost.
(7) L'intendant Ferrand dans sa Description de la Bourgogne de 1698 (Bibl. mun. de Dijon, ms 1051) dit que le vin du terroir de Saint-Gengoux ne le cède guère au meilleur de Bourgogne.


b - Les subdivisions administratives

Comme dans toute la France d'Ancien Régime, elles chevauchaient. Au point de vue ecclésiastique, l'évêché de Mâcon ne comprenait pas toutes les paroisses du bailliage (8). Au Nord, l'évêché de Chalon comprenait 28 paroisses (dont Tournus et Saint-Gengoux-le-Royal), au Sud-Ouest l'évêché d'Autun, extrêmement étendu, occupait 36 paroisses (du Brionnais) (9). Lancié enfin faisait partie du diocèse de Lyon, et Cluny ne reconnaissait pour supérieur que l'archidiacre de la fameuse abbaye qui y exerçait toute les fonctions épiscopales, sauf l'ordination.

Au point de vue fiscal, cinq greniers à sel se partageaient le bailliage (ceux de Mâcon, Cluny, Saint-Gengoux-le-Royal, Tournus, et dans le Brionnais, la Clayette), mais trois paroisses dépendaient du grenier à sel de Semur, une (Lancié) du grenier de Beaujeu. D'autre part, la recette des finances de Mâcon ne recouvrait pas tout le bailliage : le Brionnais (34 paroisses) dépendait de celle de Semur (10).

Il existait une élection à Mâcon, ce qui peut paraître singulier dans un pays d'États, mais cette création datait de l'époque de Jean le Bon, lorsque la royauté établit l'impôt sur les boissons appelé « aide ». Comme le Mâconnais était un gros producteur de vins, cet impôt était très impopulaire, et les États firent de nombreuses tentatives pour s'en délivrer : ils n'y arriveront qu'en 1689, à une époque de détresse financière de la monarchie.

(8) En revanche, l'évêché de Mâcon (4° suffragant de l'archevêché de Lyon) s'étendait sur une partie du Lyonnais.
(9) Voir la carte annexe.
(10) Toutes ces indications proviennent de l'étude du manuscrit 500 Colbert 266 qui est la base de notre étude : c'est la deuxième question du fameux questionnaire qui fournit les renseignements administratifs.


c - Les États

Voici quelle était la composition des États particuliers du comté du Mâconnais en 1665 (11).

1° Pour l'église, un représentant de l'évêque de Mâcon, président de droit des États, l'archidiacre Nicolas Bobé, l'abbé de Saint-Rigaud (12), Laurent de Gaspard, un chanoine de la cathédrale de Mâcon (13), François de la Porte, un chanoine de la collégiale Saint-Pierre de Mâcon (14), Léonard de Chevrier, le grand vicaire de l'abbé de Cluny (15), dom Henri de Goué, et un chanoine de la collégiale de Tournus (16), Jean Lamy.

Ces églises étaient en effet les plus considérables du bailliage, tout au moins par l'ancienneté et la célébrité.

2° Les députés de la noblesse étaient au nombre de cinq : Honoré de Chevrier, Jacques de la Fage, Claude de Montchanin, Philippe-Emmanuel de Royer et Pierre de Bessac.

3° Les députés du tiers état (au nombre de cinq également) représentaient les quatre principales villes du Mâconnais : Tournus (Louis Menestrier), Cluny (Etienne Tuppinier, avocat), Mâcon (Antoine Magnin, conseiller au bailliage) et Saint-Gengoux (Louis Narboud). Le cinquième était un officier de l'élection de Mâcon, choisi par l'évêque de Mâcon.

Si l'on en croit l'intendant de Bourgogne de la fin du XVII° siècle, Ferrand, dans son « Mémoire sur la province » (1698), tous les députés des États prêtaient serment entre les mains du lieutenant général de bailliage : ils se rendaient à Dijon, où les États généraux de Bourgogne étaient assemblés, leur voyage étant payé par le pays. Ils devaient naturellement défendre aux États généraux de la province les intérêts propres du Mâconnais. A leur retour à Mâcon, ils travaillaient à la répartition des impôts. La recette des impôts directs s'effectuait ensuite par des receveurs, désignés par les députés.

Ces réunions des États du Mâconnais n'avaient cependant lieu que tous les trois ans (pour la période qui nous intéresse le 31 octobre 1658, le 9 juin 1662, le 12 mai 1665, le 2 janvier 1668, le 28 avril 1671). Les États votaient par provision les gratifications accordées par la province chaque année au gouverneur de Bourgogne, le prince de Condé : et au gouverneur de la ville de Mâcon, le comte d'Entragues. En 1665, Condé reçut 3.000 livres et 12 feuillettes de vin, expédiées par les États, le comte d'Entragues eut 400 livres (17).

(11) Il y eut une assemblée générale des États le 12 mai 1665 (Arch. Départ. de Saône-et-Loire, C474). On y trouve la condition de l'Assemblée.
(12) L'abbaye de Saint Rigaud avait été fondée en 1171 à l'extrême sud du comté de Mâcon, non loin de Charlieu. Abbaye bénédictine, elle avait perdu de son importance au XVII° siècle.
(13) Le chapitre de la cathédrale Saint Vincent de Mâcon était composé de 4 archidiacres, 20 chanoines et 13 « chapelains principaux ».
(14) Tous les prêtres du chapitre de cette collégiale devaient être nobles d'origine, comme à l'église Saint-Jean-de-Lyon. Il y avait 11 chanoines, 1 prieur et un trésorier.
(15) La fameuse abbaye de Cluny, chef d'ordre, fondée en 910 par Guillaume, duc d'Aquitaine, avait encore 55 religieux en 1665.
(16) La collégiale Saint-Philibert de Tournus était la plus ancienne de la région : la première église, souterraine, qui y avait été édifiée servit de retraite aux chrétiens persécutés de Lyon au II° siècle après Jésus-Christ. On y voyait le tombeau de Saint Valencien, apôtre du pays.
(17) Arch. dép. de Saône-et-Loire, C474.

d - La justice

Au point de vue judiciaire, le bailliage de Mâcon avait naturellement son unité, puisque c'était l'assise du tribunal de bailli qui servait à le définir. Néanmoins, Cluny avait encore elle aussi, avec ses dépendances, une situation exceptionnelle : l'abbé de Cluny avait tout droit de justice dans la ville et déléguait ses fonctions à un juge-mage, dont les appels ressortissant, non du Parlement de Dijon, mais du Parlement de Paris.

Mâcon possédait également un présidial, comprenant une quinzaine de conseillers. Le lieutenant général de bailliage et celui du présidial étaient le même personnage : le sieur Baudiron.

II. Le recensement

En Bourgogne, les autorités locales avaient entrepris depuis fort longtemps des recensements périodiques des contribuables, afin de savoir si la répartition des tailles par paroisse ne devait pas être modifiée. Le plus ancien procès-verbal de ces « visites de feux », appelées encore dans le patois local « cerches des feux », remonte même à 1397. Au XVII° siècle, il y eut de nombreuses enquêtes du même type, environ une tous les dix ans, décrétées par les États de Bourgogne, par exemple au cours de la guerre contre l'Espagne, en 1645, « à l'effet de recognoistre les facultés, moyens, ruines, désolations et misères des habitants ». Après le retour de la paix, il était très utile de faire le point. On savait que dans toute la Bourgogne, pour échapper au fisc et au logement des gens de guerre, de nombreux habitants étaient passés en Franche-Comté (18). Colbert qui, on le sait, était populationniste et mercantiliste, était très désireux de connaître la situation exacte dans les provinces frontières. Ce fut une des origines majeures du mémoire de Bouchu.

Le recensement (7° question du mémoire) est-il complet ? Certes, toutes les paroisses et les moindres hameaux sont cités, mais n'a-t-on pas omis volontairement les habitants, trop pauvres pour être soumis à l'impôt ? En somme, est-ce un véritable recensement, au sens moderne du mot, ou une évaluation du nombre des contribuables, un rôle de la taille ?

(18) Arch. départ, de Saône-et-Loire, C 560. L'arrêt du Conseil de janvier 1666 qui ordonne à tous les français « qui ont passé de Bourgogne en Franche-Comté » de rentrer sous trois mois y est reproduit. Ceux qui reviendraient ainsi devaient bénéficier pendant trois mois de l'exemption des tailles.

La réponse est aisée à donner : le recensement ne comporte pas seulement le nombre des chefs de famille payant l'impôt. Il signale souvent les « journaliers », les « manouvriers », les « insolvables », les « locataires », même les « mendiants » (19). Les « veuves » sont généralement classées à part, mais leur nombre est compris dans l'évaluation générale de la population (20). Il n'y a que quelques paroisses où les « insolvables », c'est-à-dire les pauvres non assujettis aux tailles sont exclus du total, et le mémoire le signale alors : par exemple à Tournus et Cluny, exceptions importantes, à Briand, à Bussières, à Chasselas, à Lochez, à Pierreclos (« non compris quelques insolvables »), à Prissey, à Romanesche. Il s'agit donc d'un très petit nombre d'habitants, et le recensement est presque complet. Néanmoins, ces quelques oublis permettent sans doute de multiplier le chiffre des feux par le coefficient 5 plutôt que par le coefficient habituel 4,5 pour obtenir la population globale probable, d'autant que la guerre elle-même n'ayant guère atteint le Mâconnais, le nombre des veuves est nettement plus faible que dans les bailliages du nord de la Bourgogne.

On arrive alors aux chiffres de 16.204 feux et de 81.020 habitants (16.204 x 5). A la fin du siècle (1698), l'intendant Ferrand estimait la population du bailliage à 90.000 habitants.

Les seules villes étaient Mâcon (1.222 feux, 6.110 habitant,), Cluny (523 feux, 2.615 habitants au plus, aujourd'hui 4.000), Tournus (550 feux, 2.750 habitants au plus, aujourd'hui 5.000), Marcigny (272 feux, 1.360 habitants au plus, aujourd'hui 2.200), Saint-Gengoux (207 feux, 1.035 habitants au plus, aujourd'hui 1.100). Seuls de gros villages de vignerons, comme Romanesche (282 feux, 1.410 habitants au plus, aujourd'hui 1.660) et la Chapelle de Guinchay (200 feux, 1.000 habitants au plus, aujourd'hui 1.630) pouvaient atteindre l'importance des deux derniers bourgs (Marcigny, Saint-Gengoux), ainsi que Romanay sur la rive droite de la Saône. Le reste de la population était fort dispersé (21).

Mais ce qui de ce recensement parait le plus intéressant, ce sont les appréciations sur la situation de fortune et sur les occupations des habitants. Par suite de l'intérêt historique que peut présente cette partie du mémoire, nous la reproduisons ici intégralement par communauté.

(19) A La Chapelle-de-Guinchay, sur 200 « habitants » (feux), « 40 ne peuvent payer leur cote ». A Fuissé, la moitié des habitants est « très misérable ». A Bourgvillain les « habitants ne sauraient être plus misérable ».
(20) Il est très souvent signalé dans le mémoire « y compris veuves, journaliers, locataires », et même « y compris les mendiants » (à La Guiche). A Montserrin « 14 habitants, dont 2 mendient leur pain », à Saint-Igny-de-Vers « y compris veuves et mendiants », etc. Les veuves ne sont omises qu'à Briand, Brandon.
(21) Presque tous les villages décrits comportent des hameaux et des métairies dispersées qui en dépendent (question n° 1 du mémoire).


Villes et villages du bailliage de Mâcon

Mâcon 1.222 habitants - estimés riches, mais fort tourmentés par les fermiers des aides.
Amanzé 50 habitants tous pauvres, mainmortables du seigneur d'Amanzé. La plupart sont journaliers et manouvriers.
Ameugny 25 habitans. Pas riches.
Aynard 3 habitants tous pauvres.
Azé 52 habitants. Ne sont pas estimés riches.
Azolette 44 habitants, y compris les veuves, locataires et journaliers. Il y a 10 habitants assez « commodes », les autres pas estimés riches.
Balorre 20 habitants tous journaliers, et « brangiers », fort pauvres.
Bergesserin 41 habitants, fort pauvres.
Berzé-le-Châtel 22 habitants, y compris 5 ou 6 mendiants, ne sont pas trop « commodes ».
Berzé-la-Ville 60 habitants, pauvres.
Bissey 29 habitants, dont un quart « commodes ».
Bissy 44 habitants, estimés fort pauvres.
Blanost 84 habitants, pauvres.
La Ville-du-Bois-Sainte-Marie. 50 habitants, tant praticiens, laboureurs que manouvriers. Tous les habitants fort pauvres, à la réserve de 6 maisons.
Bonnay 26 habitants. Estimés pauvres.
Bourgvillain 83 habitants qui ne sauraient être plus misérables, sauf 10.
Boyer 100 habitants, journaliers et locataires. Les trois quarts sont pauvres.
Brandon 75 habitants sans y comprendre les veuves.
Bray 37 habitants, lesquels ne sont pas estimés riches.
Briand 90 habitants, non compris les veuves. Il y en a 2 ou 3 qui sont « commodes ». Tous les autres sont de pauvres métayers et manouvriers.
Burgueil 7 habitants, dont 4 sont journaliers et locataires.
Burnand 16 habitants, tous fort pauvres.
Burzy 30 habitants, dont 20 fort pauvres.
Bussières 62 habitants, y compris ceux des 4 métairies, lesquels sont fort pauvres.
Bussières 50 habitants, non compris les insolvables.
Censé 80 habitants y compris 25 femmes veuves, et autres journaliers.
Cersot 6 habitants, pauvres.
Chambilly 50 habitants, laboureurs, journaliers, locataires. Tous estimés pauvres.
La Chapelle-de-Guinchay 200 habitants. Plus de 40 ne peuvent payer leur cote, attendu leur pauvreté. Le reste, fort pauvre.
La Chapelle-sous-Dun 60 habitans, y compris veuves et journaliers. Les habitants sont plus pauvres que « commodes. »
La Chapelle-du-Mont-de-France 50 habitants, pas estimés « commodes ».
Charbonnière 40 habitants, entre lesquels il y a beaucoup de veuves et simples journaliers.
Chardonnay 28 habitants, pauvres.
Charnay 180 habitants, dont seulement 80 qui sont un peu « commodes ».
Chasné 200 habitants, parmi lesquels il y en a quelques-uns de « commodes » pour des villageois.
Chasselas 75 habitants, non compris les insolvables. Il y a au plus 6 maisons « commodes ».
Chassigny-en-Brionnais. 44 habitants, y compris veuves et journaliers.
Chassigny-sous-Dun 72 habitants, y compris veuves et journaliers. Ils ne sont pas riches.
Chasteau 73 habitants, sont presque tous « grangiers ». Pas estimés riches.
Châteauneuf 42 habitants y compris veuves et quantité de journaliers résidant au bourg. Seulement 4 maisons assez «commodes», le reste pauvre.
Chazelles 24 habitants qui sont estimés fort pauvres.
Chauffailles 200 habitants. La plus grande partie artisans, journaliers, fort pauvres. Les autres ne sont pas « commodes ».
Chevagny 40 habitants. Sont tous pauvres.
Chevagny-sur-Guye 35 habitants, pour la plupart locataires et cultivateurs. Fort pauvres.
Chintré 60 habitants, y compris 25 veuves. Pas estimés riches.
Chissey 34 habitants, tous fort pauvres.
Ciergueil 5 habitants. Fort pauvres.
La Clayette 115 habitants, y compris les veuves, journaliers, locataires et artisans. Il y en a quelques-uns assez « commodes ».
Clermain 35 habitants, tous pauvres.
Clessé 115 habitants, y compris veuves, journaliers et locataires. Environ 30 à 40 sont réduits à mendicité.
Cluny Le 20 mars 1666, il y avait 523 « cottiers » y compris les métairies qui en dépendent. Quelques bonnes maisons, mais en petit nombre !
Cottez 35 habitants au bourg, plus 5 métairies. Pauvres pour la plupart.
Colombière 60 habitants, estimés pauvres et sans crédit.
La Combe-aux-Pierres 28 habitants, tant journaliers que laboureurs. Tous pauvres.
Confrancon 6 habitants, fort pauvres.
Cortambert 48 habitants, pas estimés riches.
Coublanc 55 habitants, dont les trois quarts sont journaliers, veuves et pauvres qui travaillent pour autrui.
Cray 12 habitants estimés pauvres.
Curbigny 25 habitants, tous pauvres.
Curtil-sous-Bussières 22 habitants environ, fort pauvres.
Curtil-sous-Burnand 51 habitants, pauvres pour la plupart.
Davayé 100 habitants, point de « commodes ».
Dion 146 habitants, desquels les trois quarts sont pauvres et l'autre quart guère « commode ».
Dompierre 80 habitants, pauvres.
Donzy 50 habitants, ne passent pas pour riches.
Dulphey 50 habitants dont les trois quarts sont journaliers. Ils sont pauvres.
Dun-le-Roy (aujourd'hui Dun le-National). 70 habitants tous fort pauvres, tant à la paroisse que dans les métairies et hameaux.
Farges 26 habitants, pauvres.
Flacé (Faubourg de Mâcon) 40 habitants, point de « commodes ».
Flagy Environ 140 habitants. Sont plus pauvres que riches.
Fleurie 120 habitants, y compris les veuves et journaliers. Ne sont estimés ni pauvres, ni riches. Il y en a d'assez « commodes ».
Fley et Bissy 100 habitants estimés pauvres.
Fuissé 115 habitants, la moitié est très misérable, les autres assez « incommodes ».
Genouilly 47 habitants. Réputés pauvres.
Germagny 14 habitants, pauvres.
Gibles 90 habitants. Pas estimés riches.
Grevilly 25 habitants, y compris les veuves. Tous pauvres, sauf 3 maisons.
Laguiche 35 habitants, y compris les veuves, mendiants. Tous estimés pauvres.
Hurigny ... habitants, dont la plupart sont journaliers, veuves et locataires.
Jalogny 80 habitants, dont le nombre des artisans et cultivateurs excède le reste. Ils sont pauvres.
Igé et Dommanges 150 habitants pas estimés riches.
Laizé Environ 100 habitants qui sont pauvres.
Lancié Dans la paroisse et dépendances 106 habitants qui sont assez « commodes » lorsque le vin rend bien.
Leynez 70 habitants « fort incommodes. »
Ligny 85 habitants estimés « commodes » - y compris les veuves, journaliers et locataires.
Lochez 40 habitants sans y comprendre les insolvables dont la plupart est « incommode ».
Lornan 150 habitants dont il peut y avoir la moitié d'artisans et journaliers et 18 métayers séparés. Tous assez pauvres.
Lugny 157 habitants. La moitié desdits habitants « fort incommodes », le reste est assez pauvre.
Lys 35 habitants pas estimés riches.
Maizeret 25 habitants pauvres.
Malay 13 habitants tous fort pauvres.
Marcigny Le nombre des cotes en 1666 est de 272. Il y a de bonnes maisons, mais plus de pauvres.
Massilly 50 habitants environ en toute ladite paroisse. Il y a encore 9 métairies séparées dans ledit village. Fort peu de propriétaires. Le surplus locataires et cultivateurs fort pauvres.
Massy 12 habitants. Tous pauvres locataires et journaliers.
Matour 200 habitants y compris ceux des 16 hameaux. Tous estimés pauvres.
Mazille Environ 78 habitants tant dans ladite paroisse que les hameaux. Fort pauvres.
Meulain Il y peut avoir 20 habitants estimés tous pauvres.
Messey 18 habitants y compris les veuves. Réputés pauvres.
Milly Environ 20 habitants, 4 veuves sans y comprendre la Justice de Prissé. Seulement 4 d'assez « commodes ».
Montaigny 12 habitants y compris les cultivateurs des domaines. Ne sont qu'artisans qui travaillent pour autrui.
Montbellet 160 habitants y compris veuves et journaliers. Pas le quart des habitants qui puissent subsister sans leur travail.
Montceaux-Versaugues 35 habitants, partie laboureurs et grangiers, manouvriers et journaliers. Tous estimés pauvres.
Montmelard 80 habitants tant laboureurs que manouvriers, y compris ceux des hameaux et métairies. Tous fort pauvres.
Montot 5 habitants seulement qui sont métayers.
Montserrin 14 habitants dont 2 mendient leur pain.
Mussy-sous-Dun 134 habitants dont une partie sont locataires et journaliers pauvres. Les autres habitants sont assez « commodes » dans leur fortune.
Naucellier 8 habitants fort pauvres.
Ougy 8 habitants fort pauvres.
Ouroux 50 habitants tant bons que mauvais et nul d'eux ne passe pour riche ni « commode ».
Ozenay et Grattary 50 habitants dont dix « commodes » les autres pauvres, journaliers et locataires.
Ozolles 54 habitants. Tous estimés pauvres.
Passy 26 habitants dont le nombre des artisans et journaliers excède le reste. Il y en a quelques-uns qui ont leurs maisons en propre ; le reste est fort pauvre.
Perosne 52 habitants dont plus des trois quarts sont pauvres et misérables.
Pierreclos 120 habitants non compris quelques insolvables. Près des deux tiers sont insolvables et misérables. Les autres : « assez commodes ».
Plottes 80 habitants dont les trois quarts sont journaliers. Estimés pauvres.
Poisson Ils sont 6 maîtres de maison, tous grangiers et journaliers fort pauvres.
Prayez 18 habitants pour la plus grande partie pauvres.
Prissy 24 habitants pas estimés riches.
Presty 144 habitants y compris veuves. Tous les habitants sont laboureurs et ne sont pas « commodes ».
Prissey Environ 80 habitants non compris les insolvables. Ne sont que des journaliers.
Prisy-Damanzé 15 habitants fort pauvres.
Prusilly 60 habitants y compris plusieurs veuves pas « commodes ».
La Rochette 35 habitants estimés pauvres.
Romenay Dans le bourg et ville de Romenay, il y a environ 30 maisons. Dans les hameaux il y a 60 habitants y compris les propriétaires et veufs. Le surplus des résidants dans ladite paroisse est de 270 dont la moitié ne possède aucun bien.
Romanesches 282 habitants non compris les insolvables. Plus de 100 sont « incommodes ».
Roussay et Noireux 74 habitants. Environ 25 propriétaires et 15 qui ne sont que locataires et les autres qui ont peine de subsister.
Saint-Albain 73 habitants dont une partie est « assez commode » en travaillant.
Saint-Amour Environ 120 habitants parmi lesquels néanmoins il y en a plus de 70 qui ne sont que simples journaliers et pauvres vignerons.
Saint-André-le-Désert 142 habitants dont il y a plusieurs artisans et journaliers. Ils ne passent pas pour pauvres.
Saint-Boil 80 habitants pauvres.
Saint-Bonnet et Aigue-Perse. 24 habitants. Il n'y a que 10 pauvres laboureurs.
Sainte-Catherine-de-Labergement Ils sont environ 18 habitants dont la plupart sont artisans et journaliers. Ils sont pauvres.
Saint-Clément 120 habitants. Il y en a 17 ou 18 qui peuvent payer leurs tailles. Le reste : pauvres.
Saint-Clément-sur-Guye 45 habitants estimés pauvres.
Saint-Forgeuil-sur-Grosne 9 habitants qui sont tous journaliers et cultivateurs. Ils sont pauvres.
Saint-Gengoux 207 habitants y compris le dehors de la ville, et les métairies qui en dépendent. Ils sont estimés « commodes ».
Saint-Gengoux-de-Scissey 62 habitants. Les deux hameaux sont à leur aise, les autres habitants sont tous cultivateurs et journaliers.
Saint-Germain-des-Ouys et Jugy 85 habitants y compris les veuves, locataires et pauvres journaliers. Ils ne sont estimés ni pauvres ni riches.
Saint-Germain-de-Culle 45 habitants estimés pauvres.
Saint-Germain-de-Dion 40 habitants y compris les veuves. Tous fort pauvres.
Saint-Huruges 11 habitants en ce qui dépend du Mâconnais, le reste en Chalonnois. Ils sont estimés pauvres.
Saint-Hypolitte 2 habitants fort pauvres.
Saint-Jean-le-Presche 9 ou 10 habitants ne sont que métayers.
Saint-Igny 46 habitants estimés plus pauvres que « commodes ».
Saint-Igny-de-Vers 50 habitants, les veuves et mendiants y compris. Ils sont estimés plus pauvres que riches.
Saint-Itaire 75 habitants audit Saint-Itaire. Dans les 17 métairies, il y a 17 grangers et 25 vignerons. Ils sont pauvres.
Saint-Julien-de-Civry 137 habitants, tant locataires, journaliers que laboureurs y compris ceux des hameaux et métairies. Tous estimés fort pauvres.
St-Laurent-en-Brionnois 81 habitants estimés plus pauvres que « commodes ».
Saint-Léger Il n'y a qu'un propriétaire et 3 ou 4 cultivateurs. Ils sont pauvres cultivateurs et « incommodes ».
Saint-Ligier-sous-la-Bussière 40 habitants tous estimés pauvres.
Saint-Marcellin 54 habitants dont le nombre des artisans et cultivateurs sont la plus grande partie y compris ceux des hameaux et métairies, et sont fort pauvres.
Saint-Martin-de-Croix 26 habitants estimés fort pauvres.
Saint-Martin-de-Jalancey 27 habitants plus artisans, journaliers que d'autres. Il y en a quelques-uns logés chez soi. Le reste est fort pauvre.
Saint-Martin-de-Lixy 24 habitants qui ont peine à vivre. Ils ne sont pas « commodes ».
Saint-Martin-de-Senozan 75 habitants. Il n'y en a point d'aisés ni « commodes ».
Saint-Martin-de-Tartre 23 habitants y compris les veuves, la plupart cultivateurs et journaliers. Pas estimés riches.
Saint-Maurice et Champagne Dans ladite paroisse et hameaux 72 habitants, y compris les veuves, locataires et insolvables.
Saint-Mauris-lès-Chastelneuf 110 habitants y compris les veuves. Ils sont estimés plus pauvres que riches.
Saint-Pierre-de-Senozan 80 habitants. Point de « commodes ».
Saint-Poinct 123 habitants dont les trois quarts ne recueillent pas du blé pour leur subsistance et ne vivent que du jour de la journée. Le surplus vit tout doucement.
Saint-Sernin 65 habitants.
Sainte-Cécile 35 habitants. Ils sont estimés pauvres.
Saint-Simphorien 70 habitants y compris les veuves. Il y en a peu de « commodes ».
Saint-Simphorien-des-Bois 50 habitants tant laboureurs, journaliers que veuves, y compris ceux des métairies estimés fort pauvres.
Saint-Sornin 120 feux. Il y en a peu d'aisés et de « commodes ».
Saint-Veran 35 maisons. Ils ont peine à subsister.
Saint-Vincent-des-Prés 22 habitants. Les deux tiers insolvables n'étant que journaliers et locataires et dans le fief de Grisornay il y a 4 métayers. Ils sont estimés pauvres.
Sailly (pour la partie qui concerne le Mâconnais 35 habitants tant en ladite paroisse que hameaux. Ils ne sont pas pauvres.
La Salle 60 habitants y compris veuves et journaliers. Il y a la seizième partie desdits habitants qui est médiocrement « commode ».
La Salle 5 ou 6 habitants qui n'ont point la réputation d'être riches.
Sathonay 15 habitants pas estimés riches.
Saules 18 habitants sont réputés pauvres.
Sautilly 19 habitants pauvres.
Savigny 48 habitants lesquels sont estimés fort pauvres.
Senecé 55 feux. Ils ne sont pas « commodes ».
Sercy 31 habitants compris les journaliers et veuves. Pas estimés riches.
Serrières 55 habitants dont il n'y en a pas le tiers qui possèdent des fonds, étant journaliers et misérables. Les autres habitants vivent doucement en travaillant.
Sevignon 36 habitants y compris les veuves et 2 métayers et susdits hameaux. Tous fort pauvres.
Sologny 120 feux dont la moitié sont pauvres, femmes veuves et locataires.
Solutré 120 habitants. Ils sont pauvres.
Tancon 60 habitants y compris les veuves et journaliers. Quelques habitants de « commodes » et d'autres ne le sont point.
Tournus Dans la dernière imposition faite en 1666, il y a 550 cottiers. Point de fiefs ni de hameaux ni de métairies qui en dépendent. Il y a quelques bonnes maisons, le reste comme ailleurs est estimé pauvre.
Tradet 15 habitants tous pauvres, « grangers » et journaliers.
Tramayes 140 habitants. Les deux tiers sont « fort incommodes ». Le surplus vit assez « commode ».
Trambly 60 habitant, dont le tiers est pauvre.
Treuil 3 habitants estimés pauvres.
Trivy 60 habitants y compris ceux des fiefs, hameaux et métairies. Tous fort pauvres.
Uchizé 150 habitants. Le tiers : des veuves, locataires, vignerons si pauvres qu'ils ne subsistent qu'au jour la journée. Les autres n'étant pas estimés riches ni « commodes ».
Vareilles 40 habitants tant laboureurs qu'autres. Ils sont pauvres et sans crédit.
Varennes Il y a 129 habitants y compris les veuves, journaliers et locataires qui sont pauvres. Le reste des habitants ne sont pas estimés « commodes ».
Varennes 40 habitants dont la moitié sont pauvres et mendiants.
Varennes-en-Brionnois 20 habitants y compris les 4 hameaux.
Vauxempré 35 habitants lesquels sont estimés pauvres.
Verchiseul 8 habitants pauvres.
Vergesson 66 habitants, autant faibles que médiocres.
Verizet 131 habitants dont plus du tiers « incommodes » et le reste subsiste doucement.
Verié 29 habitants artisans, journaliers et femmes veuves. Le reste cultivateurs et locataires fort pauvres.
Verzé 124 habitants qui sont pauvres.
Le Villars 36 habitants y compris 13 veuves et quelques pauvres, locataires. Ils sont plus pauvres que riches.
Vineuze Ils sont environ 90 habitants y compris ceux des hameaux. Pas estimés riches.
Vingelles 28 habitants y compris les veuves : pauvres.
Vinzelles 60 habitants y compris les insolvables. Les deux tiers sont « fort incommodes ».
Virey 132 habitants. Ils sont estimés « commodes » faisant bien valoir leurs fonds.
Vitry 12 habitants. Les deux tiers pauvres, locataires et journaliers, 4 métairies. Sont pauvres.

La lecture, de cette partie du mémoire, nous donne évidemment une impression de malaise. La pauvreté, quelquefois l'extrême pauvreté, est la caractéristique générale de tous les villageois ; bien rares sont ceux qu'on peut qualifier de « commodes », c'est-à-dire d'aisés (10 habitants sur 44 à Azolette, un quart des 28 habitants de Bissey, 6 maisons sur 50 à la ville du Bois Sainte-Marie, 2 ou 3 à Briand sur 90, 80 un peu commodes à Charnay sur 180, 6 maisons à Chasselas, en plein vignoble, sur 75, 4 maisons à Chastelneuf sur 42, quelques habitants à La Clayette sur 115, de même à Fleurie, village du vignoble, 3 maisons à Grévilly sur 25, 10 à Ozenay sur 50, une partie de la population de Saint-Albain, 2 hameaux de Saint-Gengoux, de Sissey, quelques-uns à Saint-Symphorien, à Saint-Sorlin, à Tancon, un tiers des habitants de Tramayes et un tiers de ceux de Vérizet, enfin, trois villages sont estimés « commodes » Saint-André, Sailly et Virey). La situation des villes est un peu meilleure, notamment de Mâcon et Saint-Gengoux, mais à Tournus et à Cluny, « s'il y a quelques bonnes maisons », « le reste comme ailleurs est estimé pauvre ». De temps à autre, des appréciations sont inquiétantes : à Bourgvillain, « 83 habitants sauf 10 ne sauraient être plus misérables, à Clessé « sur 155 habitants, 30 à 40 sont réduits à mendicité », à Fuissé, dans le vignoble, « la moitié des 115 habitants est très misérable », à Pierreclos « près des 2/3 sont insolvables et misérables ». Certes, par comparaison, la situation est nettement meilleure que dans les bailliages du nord de la Bourgogne, mais visiblement, dans le bailliage de Mâcon, c'est la gêne presque partout, même dans la partie la plus favorisée du terroir, c'est-à-dire le vignoble (à Saint-Amour, sur 120 habitants, « il y en a plus de 70 qui ne sont que simples journaliers et pauvres vignerons, à Romanesche, sur 282 habitants, plus de 100 « sont incommodes », et le nombre des « insolvables », non indiqué, s'y ajoute). Même en bordure de la Saône, où il y a un peu de commerce, la situation économique est très médiocre (à Vérizet, sur 131 habitants, plus du tiers est « incommode »).

Les causes de cette misère ou de cette médiocrité générale sont multiples : si la longue guerre avec l'Espagne (1635-1659), dont dépendait la Franche-Comté voisine, n'a pas ensanglanté le Mâconnais, il y a eu de lourds impôts et de fréquents passages et stationnements de gens de guerre. Le manuscrit n'insiste pas sur cette question, car il ne fait pas l'historique de la situation, il constate un état de fait, mais de temps à autre, il signale que beaucoup de difficultés proviennent de la guerre : ainsi si de nombreux habitants des villages, à titre particulier, ont des dettes, c'est « à cause des gens de guerre » (ainsi à Chardonnay, à Lugny, à Montbellet), mais les communautés villageoises elles-mêmes sont souvent endettées pour les mêmes raisons (à Chardonnay, à Romanesche, à Verzé, par exemple).

D'autre part, les charges ordinaires des communautés sont lourdes et l'activité économique médiocre. Il y a très peu d'industrie dans le Mâconnais, seulement quelques toiles, vendues dans le Lyonnais (artisans d'Azolette, Chasselas, Chassigny, Saint-Maurice, Saint-Ligier, Varennes), et encore il s'agit de tissus médiocres, confectionnés par les plus pauvres gens qui travaillent à la journée avec une matière première apportée sans doute de Lyon. L'activité essentielle, dit souvent le texte, c'est le labourage, et la culture des vignes, sur lesquelles pèsent, comme on va le voir, de nombreux droits.

III. Les seigneurs

La question n°3 du manuscrit permet de dénombrer dans le bailliage l'existence de trois comtés, une vicomté, un palatinat, onze baronnies, soixante-quatre seigneuries. La première constatation frappante, c'est que l'Eglise dans cette région possède près de 40 % des fiefs (82 paroisses en tout ou partie). Elle y est donc beaucoup plus riche que dans le nord de la Bourgogne. Cette richesse est d'ailleurs très ramassée : elle se concentre entre les mains des dix principaux titulaires ecclésiastiques :

1° L'abbé de Cluny (à cette époque, le cardinal d'Este, abbé commendataire, qui réside en Italie) est seigneur d'Azé (en partie), de Blanost, de Bissy-sous-Uxelles, de Berzé-la-Ville, de Biray, de Burgueil, de Cersot, de la Chapelle au Mont-de-France, de Chazelles, de Clermain, de Cluny, de Cottes, de Confrancon, de Cortambert, de Flagy, de Germagny, d'Igé, de Jalogny, de Laizé, de Lournand, de Maizeret, de Malain, de Mazilles, de Montagny, de Montserrin, de Naucellez, de Prayez, de Saint-Ithaire, « le Saint-Vincent-des-Prés (pour partie), de Solutré (pour partie), de Trivy, de Verchiseul, de Vergesson et de Verzé (soit de 34 paroisses en tout ou en partie, une bonne partie des monts du Mâconnais).

2° Mais de leur côté, les religieux de Cluny sont seigneurs de Bergesserin, Curtil-sous-Bussières, Massy-sous-la-Vineuse, Milly (en partie), Pressy-sous-Dun, Saint-Hippolyte, Tradet et Vitry, dans la même région.

3° De son côté, l'abbé de Tournus (Emmanuel-Théodore de la Tour d'Auvergne, duc d'Albret et de Bouillon), également prieur de Saint-Romain au sud du bailliage de Mâcon, était un riche seigneur : il possédait les fiefs d'Azé (en partie), de la Chapelle-de-Guinchay, de Lancié, de Plottes de Romanèche, de Saint-Symphorien, de Solutré (en partie), de Tournus, d'Uchizy. L'abbé de Tournus retirait 21.000 livres de revenu de son abbaye, et 2.500 livres de son prieur.

4° Quant aux chanoines de Saint-Philibert de Tournus, ils ne possédaient que Bonnay et Grévilly.

5° A Mâcon, le chapitre de la cathédrale de Mâcon (40.000 livres de rente) possédait dans les monts du Mâconnais la seigneurie totale ou partielle de quinze villages (les fiefs se trouvaient souvent entremêlés avec ceux de Cluny).

6° L'église collégiale de Saint-Pierre de Mâcon ne possédait que deux paroisses.

7° Le doyen de l'église collégiale, Philibert Morel, de son côté, était seigneur de Saint-Amour et de Saint-Jean-le-Presche (ce qui pouvait lui rapporter 3.000 livres de rente, lui-même de modeste origine n'ayant aucun patrimoine personnel).

8° L'évêque de Châlon possédait en Mâconnais le fief de Treuil.

9° Le chapitre de Saint-Vincent-de-Châlon avait en fief Boyer, Pierreclos (en partie) et Saules.

10° L'évêque de Mâcon (qui était alors Colbert de Saint-Ponange), bien qu'il fût président des états particuliers du Mâconnais, n'avait que de petits fiefs (Farges en partie, Montbellet, Prissey, Romenay et Vérizet).

11° Enfin, quelques autres ecclésiastiques (l'abbé royal de Saint-Rigaud, Laurent de Gaspard, le prieur de Marcigny, l'abbé d'Hautefeuille) étaient également seigneurs dans le Mâconnais. Le prieur de Marcigny, Pierre François Le Lièvre était riche de 6.000 livres de rente à cause des fiefs de Chambilly, Marcigny, Poisson et Sermaise, Varennes-en-Brionnais, situés tout au sud-ouest du bailliage de Mâcon.

Quant aux seigneurs laïcs, ils étaient beaucoup plus nombreux que les ecclésiastiques, mais moins riches, à part sept ou huit d'entre eux :

1° Le duc de Lesdiguières (François de Bonne de Créqui) était le plus important : il était seigneur d'ailleurs, en tant qu'engagiste d'une châtellenie royale, de la ville du Bois-Sainte-Marie, Chassigny, Chastelneuf, Colombières, Coublanc, Curbigny, Dun-le-Roi, Fleurie, Gibles, Montmélard, Ozolles, Saint-Igny (en partie), Saint-Igny-de-Vers, Saint-Laurent-en-Brionnais (pour partie), Tancon, Saint-Jean-le-Presche (partie), Saint-Martin-de-Lixy, Saint-Maurice et Varennes-sous-Dun (partie) [soit dix-neuf paroisses presque d'un seul tenant, au sud du Charolais].

2° Le marquis de Villequier, capitaine des gardes du corps, avait en tout ou partie, la seigneurie de neuf villages.

3° Le comte Gaspard d'Amanzé, lieutenant pour le roi en Bourgogne, d'une très ancienne famille du Mâconnais, était seigneur d'Amanzé, la Salle et Vareilles, au sud de Charolles.

4° Le marquis d'Uxelles, d'une très ancienne famille également des monts du Mâconnais, avait six fiefs, au nord de Cluny.

5° Le marquis de Saint-Martin, lieutenant du roi en Bresse et Charolais, était seigneur de cinq paroisses, tout au moins en partie dans les monts du Mâconnais, près de Lugny.

6° La duchesse d'Angoulême, Henriette de la Guiche, d'une ancienne famille du Mâconnais, avait la seigneurie de la région de Laguiche, au nord-ouest du bailliage (cinq paroisses).

7° Le comte de Sivignon, de la famille de La Guiche, également, avait cinq fiefs : Bussières, Donzy-le-Royal, Trivy (en partie), Sivignon, Vineuze (en partie).

8° Le marquis de Thianges (Claude Éléonor de Damas) avait le titre de « palatin » de Dion (dont la terre lui rapportait déjà 3.700 livres annuellement) : il était encore seigneur de Chanes et Cresche (en partie), d'Ouroux, de Saint-Symphorien-des-Bois et de Saint-Germain-de-Dion.

9° Le comte de Coligny était seigneur de Cray, de Roussy et Noireux, Sainte-Catherine-de-Labergement, et Saint-Marcellin (pour partie).

Il y avait une trentaine de seigneurs de moindre importance territoriale (parmi lesquels Claude de Meaux, seigneur de Marbé, lieutenant du roi à Mâcon, capitaine des chasses, le baron de la Bussière, le comte de Matour, le marquis de Montperroux, le marquis de la Boulaye...) et quelques dames (en particulier Marguerite de la Rivière, veuve de Pierre de Rugny, qui était dame de Chassigny-sous-Dun et Saint-Laurent-en-Brionnais).

On comptait enfin parmi les seigneurs un petit nombre de bourgeois d'origine, officiers royaux, comme le sieur Bullion, avocat à Mâcon, seigneur de Flacé près Mâcon ; le sieur Baudiron, lieutenant général du bailliage de Mâcon et du présidial de cette ville, seigneur de Sennecé ; Marc Antoine Perrachon, très riche bourgeois de Lyon récemment anobli, seigneur de Sennozan, Saint-Martin-Belle-Roche, la Salle et Sancé, quatre villages en bordure de la Saône, en amont de Mâcon ; Jean Michon, riche bourgeois de Mâcon (« actuellement sans emploi, dit le texte, mais qui est néanmoins dans le dessein de traiter une charge »), seigneur de Bussières et Pierreclos (pour partie) ; Pierre Chesnard, avocat au Parlement de Paris, mais résidant à Mâcon, officier au grenier à sel, seigneur de Chevagny-les-Chevrières et propriétaire du château de Salornay, près Mâcon ; Placidat de Vermoux, avocat au Parlement, mais habitant Mâcon, seigneur de Charbonnières ; il est remarquable que tous ces fiefs dont des bourgeois et officiers royaux étaient titulaires se trouvaient dans les environs même de Mâcon (ajoutons encore à cette liste un trésorier de France à Lyon, le sieur de Particelle (22), seigneur de Chaintré, Chanes et Crèches au sud de Mâcon).

Il faut enfin signaler que le Roi était propriétaire de domaines seigneuriaux dans le Mâconnais : mais ils se réduisaient à deux châtellenies : celle de Saint-Gengoux dit le Royal (aujourd'hui Saint-Gengoux le National) dont le sieur de la Boulaye était engagiste, avec Saint-Gengoux, Montot, Saint-Boil, Saint-Ithaire, Saint-Martin-de-Croix, Vauxempré, Burnand, Curtil-sous-Burnand, et celle de la Ville du Bois-Sainte-Marie engagée au duc de Lesdiguières (voir plus haut).

Les évaluations des fortunes des principaux seigneurs n'étaient pas toutes relevées : néanmoins, on sait que l'abbé de Cluny disposait de 48.000 livres de revenu, les religieux de Cluny de 48.000, l'abbé de Tournus de 21.000, le chapitre de la cathédrale de Mâcon de 40.000, le chapitre et le doyen de la collégiale Saint-Pierre-de-Mâcon ensemble de 22.000 livres, l'évêque de Mâcon de 10.000, le prieur de Marcigny de 6.000 livres.

Parmi les laïcs, dont on connait la fortune, les plus riches étaient le marquis de Thianges avec 30.000 livres, le sieur de la Clayette avec 8.000, le comte de Matour avec 10.000, le comte de Sivignon 8.000, le sieur de Pradinié 7.000, le marquis d'Uxelles 7.000, le marquis de Villequier 11.000 livres. Mais sur ce point, le manuscrit est moins détaillé que d'autres relatifs à certains bailliages de la Bourgogne du Nord. De toute manière, pour les seigneurs laïcs, sauf exception, ce n'était pas la grande fortune. Les officiers royaux de leur côté sont considérés suivant les cas comme possesseurs de 3 à 8.000 livres de revenu, à l'exception du sieur Baudiron, lieutenant général au bailliage (12.000 livres (23)).

Il y a peu de renseignements dans ce manuscrit sur les « mœurs et employa » des seigneurs : beaucoup de villages « s'en louent », ou ne disent rien, sans doute par crainte et révérence. Il est seulement question de certaines usurpations de communaux par des seigneurs, comme le sieur Drouin des Landes, lieutenant général au bailliage de Charolais, possesseur dans le Mâconnais du fief d'Igé et Dommanges, qui aurait usurpé une partie des communaux de Cortambert. Les religieux de Cluny sont aussi accusés d'usurpation à Flagy, ainsi que les Augustins de Burnand à Burnand, mais ces usurpations sont rares, beaucoup plus rares que dans le nord de la Bourgogne, où certains seigneurs ont profité des circonstances de guerre.

(22) Sans doute italien (Particelli) et peut-être parent de Particelli d'Emeri, qui avait été intendant des finances.
(23) La fortune des Lyonnais, Perrachon et Particelle, est « grande », mais non évaluée.


On est frappé, par ailleurs, du nombre des nobles qui ont servi dans les régiments du Roi et ont été démobilisés, ou qui servent encore : parmi les premiers, le sieur de l'Aube, le sieur de la Clayette, Henri de Massey, seigneur de Davayé (il avait été maréchal de bataille), le marquis palatin de Dion (maître de camp d'un régiment de cavalerie), le sieur de Balorre, le seigneur de Fley, Claude de Thiard (maître de camp), le sieur de Saint-Micaud (colonel d'un régiment d'infanterie), le sieur de Pradinier, le comte de Matour, le seigneur de Mussy-sous-Dun, le sieur de Champron, le marquis de Thianges (« mestre » de camp de cavalerie), le seigneur de Sathony, le seigneur de la Rochette (capitaine de chevaux-légers), le baron de la Bussière, etc.

IV. Le bas clergé

Les fondations pieuses sont nombreuses dans cette région où la propriété ecclésiastique est très forte.

En dehors des grandes et riches églises de Mâcon, Cluny et Tournus dont nous avons parlé, il existait alors 7 prieurés de religieux (les Bénédictins de la Grange-du-Bois à Solutré et les Bénédictins du Villars entre autres), un prieuré de femmes de l'ordre de Cluny, à Marcigny, où l'on ne recevait que des filles nobles, et une quinzaine de couvents : rien qu'à Mâcon, on comptait les Minimes : 14 religieux ; les Cordeliers : 10 ; les Capucins : 21 ; les Jacobins : 16 ; la Maison de l'Oratoire : 8 ; les Carmélites : 21 religieuses ; les Filles de la Visitation : 20 ; les Ursulines : 60 ; à Tournus, il y avait un couvent de Récollets (une douzaine de Religieux) et un monastère de filles de l'ordre de Saint-Benoît ; à Saint-Gengoux, un monastère d'Ursulines (22 religieuses) ; à la Clayette et à La Guiche, deux couvents de Minimes, à Burnand, un couvent d'Augustins.

Il existait à Savigny un centre de pèlerinage important (Notre-Dame de Grâce) : la chapelle était entretenue par le marquis de Louvois qui avait un château à proximité.

Il y avait encore deux hôpitaux, l'un à Mâcon, l'autre à Tournus ; le premier était mal bâti et « malpropre » et possédait 20 lits garnis dans la nef ; 12 filles y servaient les malades, et le directeur, le sieur Desbois, était en même temps le lieutenant criminel du bailliage. Quant à l'hôpital de Tournus, il était également pauvre (700 livres de revenu) : placé sous la direction des échevins, on y attendait, au moment de la rédaction du mémoire, des religieuses de la Charité pour le service des pauvres.

Une des fondations ecclésiastiques les plus intéressantes était le collège des Jésuites de Mâcon, comprenant 6 pères et 3 frères, où l'on enseignait jusqu'à la rhétorique. Le recteur, d'une cinquantaine d'années, était le P. Berthier. Malheureusement, l'établissement était petit et en médiocre état.

Il est à signaler que beaucoup d'églises ou de prieurés dans les campagnes étaient aussi en mauvais état, ou même en ruines. Certaines étaient désaffectées : le prieuré de Saint-Romain, à Saint-Symphorien, qui avait eu une véritable importance à la fin du Moyen-âge, était ruiné, « l'église abandonnée et profanée depuis le temps des guerres civiles », le prieuré de Saint-Benoît au Villars était inutilisable, l'église de Saint-Germain-des-Ouys servait maintenant de grange à paille. Il fallait souvent que les seigneurs contribuassent de leurs deniers aux réparations, comme le faisait la dame de La Guiche en faveur du couvent des Minimes de la localité.

Les curés de campagne étaient en général plus près de la misère que de la prospérité : les dîmes, en effet, ne leur étaient la plupart du temps attribuées que partiellement : 1/4, comme à Amanzé, Berzé-la-Ville, Chardonnay, etc., 1/3 comme à Amenguy, Aynard, Bourgvillain, Censé, la Chapelle de Guinchay, Brandon, etc., 1/6 quelquefois (comme à Azolette), parfois la moitié (à Bissy-sous-Uxelles, à Bonnay, à Charbonnières, à Chassigny-en-Brionnais). Rarement, la dîme allait entièrement au curé (une fois sur 10 à peine en moyenne). Plus souvent le seigneur seul en bénéficiait (à Bergesserin, à Blanost, à Chambilly, etc.). Le curé recevait alors la portion congrue de 200 livres tournois, ce qui était peu. La dîme en Mâconnais se levait généralement sur tous les grains (soit « de 12 gerbes la 13° » soit de « 20 gerbes la 21° »), sur le vin (« de 12 bannes la 13° », « de 20 bannes, la 21° » ) et quelquefois sur le chanvre et certains légumes.

La question n°12 du manuscrit nous fixe en tout cas sur l'ensemble des revenus de la cure : généralement évalué en argent, il est très bas : pour la grande majorité des curés, il est réduit à 200 livres, sous forme de portion congrue ou autrement ; un certain nombre de curés ont 300, quelques-uns 400 (à Bissy-la-Mâconnaise, Censé, Dion, Fuissé, Genouilly, Germagny, Lancié, Lochés, Matour, Mussy, Saint-Itaire, Saint-Julien, Saint-Ligier, Saint-Symphorien-des-Bois, Saint-Sornin, Varennes-en-Brionnais, Verizet, Virey), exceptionnellement le revenu de la cure atteint ou dépasse 500 livres (dans les villes comme Tournus, ou dans les régions de grands vignobles où la dîme rapporte beaucoup, ainsi à Chasnes et Cresches, elle atteint même 1.000 livres, 700 à La Chapelle-de-Guinchay, 500 à Fleurie, 600 à Saint-Amour, 800 à Romanesche, 600 à Saint-Martin et à Saint-Pierre-de-Sennozan. Deux cas particuliers enfin : Lugny (1.100 livres) et Chevagny-sur-Guye (2.500 livres) où l'église paroissiale se trouve propriétaire de bois, terres, prés, vignes et moulins. Mais c'est peu sur 182 paroisses (24).

Beaucoup de couvents de leur côté ne sont pas riches, et certains pour subsister reçoivent des pensionnaires (les Filles de la Visitation, les Ursulines de Mâcon, celles de Saint-Gengoux).

(24) Si le bailliage compte en effet 204 communautés, il n'y a que 182 paroisses.

V. Les charges des communautés villageoises

Ce sont les questions 8 à 11 du mémoire qui nous donnent en particulier de nombreux détails sur la vie des paysans, dont les mémoires de 1697 (celui de l'intendant Ferrand pour la Bourgogne reproduit plus tard par Boullainvilliers) négligent volontiers de parler.

Les charges ordinaires du village se décomposent en général ainsi : les tailles royales, les dîmes ecclésiastiques, les cens et redevances seigneuriales de diverses sortes, et enfin les impôts indirects, sur les boissons (les aides), sur le sel (la gabelle), et les octrois.

Un fait est digne de remarque : sauf à Amanzé, les habitants du bailliage de Mâcon ne sont pas serfs (mainmortables). Les mainmortables au contraire sont nombreux dans le Nord de la Bourgogne (par exemple dans le bailliage d'Arnay-le-Duc). Les corvées dues aux seigneurs ne sont généralement pas trop lourdes : dans quelques villages subsistent les devoirs de guet et de garde au château voisin, mais en temps de guerre seulement ; en temps de paix, il s'agit de quelques jours de travail par an au profit du seigneur (deux journées à bras, par exemple, pour ceux qui n'ont pas de bétail, cinq journées « à bœuf » pour ceux qui en possèdent). Les cens et champarts sont également modérés : une poule pour chaque feu, ou 2 sols pour chaque feu, ou 5 sols pour chaque tête de bétail, un certain nombre de mesures d'avoine, ou bien de seigle, ou de froment. Les banalités sont quelquefois mentionnées (l'usage du four banal est payé de 21 pains l'un, le moulin banal « de 24 mesures l'une »)

La nature des droits seigneuriaux cependant n'est pas toujours mentionnée : mais la valeur du revenu des cens pour le seigneur est quelquefois indiquée : elle est souvent assez élevée par rapport aux tailles royales (la moitié ou les trois quarts, quelquefois égalité).

D'autre part, si nous en croyons le tableau précédent (sur le nombre et la richesse des paroisses), il y avait beaucoup de paysans non propriétaires (on les intitule « locataires », « journaliers », « manouvriers »), et le métayage est assez répandu. Ceux-là évidemment étaient les plus à plaindre (25).

(25) L'impression que donne le mémoire (question 9 et 10) nous permet d'avancer que la moitié au moins de la population est en métayage ou sans terres.

Mais les paysans dans leurs déclarations déplorent surtout deux charges coûteuses qui leur incombent : les droits d'aide, et les péages seigneuriaux.

Le Mâconnais est un important producteur de vins, et il y a des vignobles non seulement sur les terrasses proches de la Saône, et dans la châtellenie de Saint-Gengoux, mais presque partout. Il y a des vignes même à l'Ouest, près de la Loire, dans le Brionnais et même quelquefois dans la montagne. Sur les 204 communautés, il n'y en a pas plus de 30 où il n'est pas question de vignes. On conçoit l'importance des droits d'aide et la gêne qu'ils pouvaient provoquer. Les aides sont accusées souvent de ruiner le paysan (ainsi à Aynard, à Azolette, Burgueil et Maumont, la Chapelle du Mont-de-France, Chasselas, Château, etc.) : « Les aides nous persécutent au dernier point », « les aides sont une charge plus lourde que les autres », « les aides nous accablent », « les droits d'aide font qu'aucun des habitants se retire dans le Beaujolais et le Lyonnais », etc.

Quant aux péages, ils sont également désagréables : on en compte une bonne trentaine dans l'étendue du bailliage. Certains consistent « en 5 deniers par tête de bétail, cheval ou mulet chargé de marchandise », d'autres 6 deniers.

Les octrois de Mâcon d'autre part sont élevés : ils sont affermés chaque année 27.600 livres et servent à l'acquittement des dettes de la ville.

Heureusement, on l'a vu, les tailles royales ne sont pas trop lourdes, relativement, en Mâconnais : elles se montent au total pour l'année 1665 à 156.735 livres ; comme il y a 16.204 feux, la moyenne de l'impôt par feu est à peine de 10 livres, alors que dans le bailliage d'Arnay-le-Duc, qui avait beaucoup plus souffert de la guerre, et qui était normalement plus pauvre que le Mâconnais, la part moyenne de chaque feu était de 15 livres, 3 sols, mais c'était un pays d'élection et non d'états.

Mais les paroisses du Mâconnais sont nettement plus pauvres que celles du nord de la Bourgogne en terres communales, bois et forêts. L'examen de la question 11 du mémoire consacrée aux communaux nous convainc aisément sur ce point : 94 villages sur les 204 que compte le bailliage sont sans aucun communaux. Parmi les 110 qui en possèdent, beaucoup n'ont que de « méchants taillis » ou quelques broussailles: 17 arpents en trois parcelles par exemple, 60 « coupures » - mesure du pays - ou 12 « soitures » de pré, ou 2 petits « chaumes » de 5 arpents, ou 8 arpents d'épines, ou un « pâquier » de 6 journaux couverts de buis, ou « quelques bruyères ingrates », ou de « méchants bois » sur la montagne.

Seules les paroisses de Boyer, Cortambert (en commun avec Massilly), Grevilly, Lys, Ozenay, Saint-Germain-de-Dion et Sainte-Sicile ont des bois de haute futaie, d'ailleurs en petite quantité. Ce sont d'ailleurs pour la plupart des villages de la montagne. Encore Boyer et Cortambert ont-ils vu leurs communaux en partie usurpés par des seigneurs.

Il semble que la région du Mâconnais ait beaucoup souffert du déboisement au XVII° siècle : les quelques forêts qui subsistent appartiennent aux seigneurs ecclésiastiques (abbaye de Cluny), ou laïques (marquis d'Uxelles, duchesse d'Angoulême, dame de la Guiche, etc.). Les bois sont souvent qualifiés de « buissons », ou de « broussailles » « de peu de valeur ».

Dans l'ensemble, le Mâconnais est une région où trois éléments économiques prédominent : la culture, plus ou moins réussie, des céréales (le seigle dans les montagnes, le froment, l'avoine dans les meilleures terres, et un peu d'orge, la viticulture, on l'a vu presque partout présente, et l'élevage du gros bétail.

La valeur marchande de l'arpent de terre labourable est très variable, de 100 livres en bordure de la Saône (à Charbonnières, par exemple, au nord de Mâcon) à 20 livres (Balorre, aux confins de l'Autunois), la « soiture » de prés est également très variable (de 120 l. à 20 l.) comme l'arpent de vigne (de 120 l. à Romanesche à 24 l.).

L'élevage du gros bétail est assez florissant à l'ouest du Mâconnais, au voisinage du Charolais (dans le Brionnais) et de l'Autunois (Balorre), dans des pays presque sans vignobles. Il y a quelques foires aux bestiaux (La Ville du Bois-Sainte-Marie, La Guiche, Saint-Sorlin).

Le commerce semble fort réduit, en dehors des deux routes principales, celle qui de Bourgogne mène à Lyon par Tournus et Mâcon, mais sans longer exactement la Saône comme à présent entre Tournus et Mâcon (la route correspond aux actuelles départementales 103 et 106 passant par Charbonnières, Montbellet, Uchisy), et celle qui longe la Loire (le Mâconnais ne possède sur cette route que Marcigny).

Le commerce principal roule sur les vins dont Mâcon, Tournus et Saint-Gengoux sont les principaux marchés. Il n'y a d'ailleurs sur la Saône qu'un pont, à Mâcon, où les vins payent un droit assez fort, dont les États demandaient la suppression. A Tournus, il n'y avait qu'un bac sur la Saône. Dans l'intérieur du bailliage, les ponts semblent en fort mauvais état : même à Cluny, le pont de pierre qui traverse la Grosne est « en ruine » ; ailleurs, ce sont des passerelles de bois ou de planches sur la Grosne, comme sur la Guye.

Dans l'ensemble, les difficultés de transport et de roulage, les péages, les droits sur les vins (aides) handicapent le développement économique dont le pays aurait bien besoin, au sortir de cette période troublée des guerres avec l'Espagne qui avait été par ailleurs une période de climat trop humide et peu favorable au vignoble et aux céréales. Heureusement, les villes et villages du Mâconnais sont beaucoup moins endettés que les communautés du nord de la Bourgogne. Bien qu'on compte encore 43 communautés endettées (26) en 1666 (sans compter les dettes des particuliers) - sur 204 en tout dans le Mâconnais - cette proportion d'un cinquième est bien minime, si on la compare à celle des communes endettées du bailliage d'Arnay-le-Duc (73 sur 128 communes, soit près de 60 %). Seules d'ailleurs les villes dans le Mâconnais ont été fortement endettées (Mâcon 102.347 l., Marcigny 6.453, Cluny 19.661, Saint-Gengoux 18.520, Tournus 89.548). Encore les dettes de Mâcon sont-elles en voie d'extinction, car l'intendant Bouchu y a fait appliquer les octrois de la ville.

Les charges ordinaires du petit budget de la communauté villageoise étaient généralement l'entretien de l'église, de la maison curiale, du presbytère le cas échéant, et la rémunération éventuelle du maître d'école et du marguillier, quelquefois la réparation d'un pont ou d'une halle. Ces charges, ajoutées à tous les droits et impôts, étaient souvent bien dures à supporter (les 16 feux de Burnand, par exemple, ont à régler 3 à 400 livres pour la réparation de l'église), ce qui entrainait des retards dans la réfection de tous ces ouvrages.

(26) Les prêteurs sont le plus souvent des bourgeois.

Conclusion

Pays varié, où la côte orientale de la montagne au-dessus de la Saône aurait dû être d'un excellent rapport, mais où prédominaient des terrains plus rudes, et plus froids, le Mâconnais, possesseur d'une longue fenêtre sur la Saône, rivière navigable, et tenu à l'écart des opérations militaires qui avaient désolé le nord et le nord-est de la Bourgogne, était quand même en 1665-1666 dans un état économique médiocre. Comme dans tout le royaume, sévissait l'inégalité sociale, et la majeure partie des paysans (qui eux-mêmes constituaient les 5/6° de la population) connaissait la gêne, sinon la misère. Et pourtant le Mâconnais était un pays d'états ! A la belle époque du Roi Soleil un vigoureux effort s'imposait donc pour relever le pays ; il lui aurait fallu une longue paix, une amélioration des transports, une réduction des impôts indirects, une aide de l'État aux quelques entreprises industrielles. Malgré les efforts méritoires de Colbert, on était encore loin du compte.

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