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Le prieuré de Saint-Germain-des-Bois (*) et Sybille de Luzy, dame de Dyo

Source : Mémoires de la Société Eduenne, tome 6, 1877. Séance publique du 18 septembre 1876.



M. l'abbé Lacreuze donne communication de la note suivante, relative au prieuré de St-Germain-des-Bois-en-Brionnais, canton de la Clayette.

Ce prieuré appartenait aux chanoines de Saint-Augustin. Sa fondation, d'après Courtépée, est due aux seigneurs de Dyo, en 1095 ; on y voyait leur tombeau. Réuni au treizième siècle à celui de Saint-Sernin-du-Bois, il fut incendié au seizième par un parti de calvinistes aux ordres de Clermont d'Amboise et de Briquemont, lieutenants de l'amiral de Coligny. L'église seule fut sauvée des flammes. Le prieur et tous ses frères vinrent définitivement fixer leur résidence au monastère de Saint-Sernin, près Montcenis. Deux chartes latines de 1352 et de 1443, publiées par notre collègue M. l'abbé Sebille (1), démontrent que l'élection du prieur appartint jusqu'au quinzième siècle aux religieux de ces deux monastères, et qu'elle devait être confirmée par le chapitre de l'église cathédrale. Plus tard, à l'époque du concordat de Léon X et de François Ier, en 1517, cette nomination fut attribuée au roi et ratifiée par l'évêque d'Autun.

Le monastère de Saint-Germain a complètement disparu depuis la Révolution. On en retrouve à peine quelques vestiges. Bien qu'ayant eu à souffrir des guerres de religion, l'église monacale est encore debout. Ce précieux monument, plusieurs fois incendié, avait perdu sa toiture, et sa voûte demeura découverte et exposée à toutes les injures de l'air pendant de longues années. Quelques pierres détachées par les pluies tombèrent bientôt et firent craindre un effondrement complet. On se décida alors à réparer la toiture, mais on eut l'imprudence de faire une toiture massive, sous laquelle la voûte ne tarda pas à fléchir. Aussi fut-on obligé d'en abattre une grande partie. C'est sur ces entrefaites qu'un secours de 3,000 francs, accordé récemment par l'État, a permis de continuer la restauration d'un monument que l'harmonie de ses proportions, la beauté de ses piliers, la variété de ses chapiteaux et les antiquités qu'il possède, font ranger parmi les plus intéressants de notre pays.

Il serait à désirer que l'on rendit à cette église sa profondeur primitive. Un prêtre, qui a donné du reste au diocèse d'Autun des preuves d'un grand zèle, ayant été chargé de la desserte de la paroisse de Saint-Germain, trouva que le pavé de l'église était trop bas, et il eut la déplorable idée de le faire élever d'un mètre.

Les bases des colonnes se trouvent ainsi complètement cachées dans le sol, l'harmonie est rompue, et il est disgracieux de voir les fûts de colonnes sortir tout d'un coup du dallage sans socles ni bases. Ces dalles elles-mêmes ne sont que des pierres tumulaires recouvrant la sépulture des chanoines du prieuré, sans doute au moins des prieurs, et peut-être de quelques membres de l'illustre famille de Dyo, fondatrice du monastère. Il est triste d'avoir à déclarer que le ciseau du maçon a passé sur les inscriptions dont elles étaient ornées. On a perdu ainsi de précieux documents qui auraient pu servir à refaire, en partie du moins, l'histoire du prieuré dont les archives ont disparu.

Parmi les pierres sépulcrales des seigneurs de Dyo qui ornaient autrefois l'église, une seule a échappé aux guerres de religion, au vandalisme de 1793, et, disons-le avec regret, aux restaurations modernes, c'est celle de Sybille de Luzy, morte en 1298. Le tombeau se trouve à gauche en entrant, auprès du mur de la basse nef, dans la travée voisine des fonts baptismaux. Il consiste en une table de pierre longue de 2m20 sur 0m80 de largeur, et 0m13 d'épaisseur, supportée aux deux extrémités par un rang de colonnettes hautes de 0m65 et dont les chapiteaux à feuilles sculptées accusent la fin du treizième siècle. Sur la table est couchée Sybille de Luzy dans l'attitude de la prière, les mains jointes, les yeux tournés vers le ciel et les pieds près du baptistère. La statue, de grandeur naturelle, est en pierre comme la table qui lui sert de couche, les doigts sont longs et effilés, mais le corps n'a pas les proportions maigres et élancées que l'on remarque souvent dans les peintures ou les sculptures des personnages de cette époque. Un observateur judicieux verrait peut-être l'habit religieux dans les amples vêtements qui enveloppent la pieuse dame et dans la coiffure qui recouvre sa tête comme une espèce de voile.

Aux pieds de la statue est couché le fidèle lévrier, tondu jusqu'aux épaules, les pattes recourbées sous lui, celles du devant ainsi que la tête affleurent le bord de la table, il caresse de sa queue les pieds de sa maîtresse. Pourquoi faut-il qu'une main impie soit venue briser cette tête ? Il ne reste en effet que la partie postérieure du corps ; la tête et le cou du pauvre lévrier ont disparu.

Mais Sybille a encore deux gardiens. Près de sa tête, à gauche et à droite, on voit deux anges, hélas ! eux aussi mutilés. Celui qui se tient à droite est à peu près détruit, celui de gauche a moins souffert. II est à demi-couché près du chef de Sybille, le visage tourné vers son visage, il est appuyé sur le genou droit ainsi que sur le coude du bras droit, ses ailes sont à moitié fermées. On a brisé l'extrémité supérieure des ailes et une bonne partie de la tête, en sorte qu'il devient impossible de voir l'expression que l'artiste avait donnée à son visage.

L'inscription suivante, gravée sur l'épaisseur de la table tumulaire, fait connaître le personnage et la date de sa mort, sans rien dire de son histoire. Les lettres n'en sont ni régulières, ni élégantes, et les abréviations qu'on y remarque expliquent facilement les erreurs de lecture dans lesquelles sont tombés Pierre Paillot en 1660 et l'historien du duché de Bourgogne, Courtépée, dans son 3e volume, page 139, édition de 1848.

Le premier lit ainsi l'inscription : (2)

« Hic jacet Sibilla de Luniaco Domina de Dioco, Sibi requiescat in pace, amen. Anno Domini M. CC. nonagesimo octavo. » (3)

Le second la traduit comme il suit :

... « Sybille de Luzy dame de Dioco et de Sigy en 1228. »

Voici la lecture exacte du texte, copié récemment sur le monument lui-même :

+ : HIC : IACET : SIBILLA : DE : LUZIACO : DNA : DE : DIO : ET : SIGI : AIA : EIS : REQUIESCAT : IN : PACE : AMEN : ANNO : DNI : M° : CC° : N°G° : VIII°.

Sybille de Luzy, dame de Dio et de Sigy, mourut l'an 1298 et voulut reposer au milieu du sanctuaire élevé par sa famille. Nous ne connaissons absolument rien sur Sybille de Luzy, si ce n'est qu'une contestation s'éleva entre elle et le prieur de Perrecy, en 1272, pour la haute justice qui fut adjugée à la dame de Nuits, épouse de J. de Dio. Il est bon de remarquer que notre inscription donne à la dame de Luzy le nom de Sybille. On donnait volontiers le prénom de Sybille au baptême. On voit Sybille de Solman, en 1063. - Sybille de Mâcon, en 1143. - Sybille de Vichy en 1250. Il devint même patronymique ; en 1564, un avocat de Chalon s'appelait Sibille, et en 1728 un artisan de Savigny-le-Vieux, commune de Curgy, appelé Jean Sibille, était témoin dans une procédure.

Pour en revenir au monument qui fait l'objet de cette note, espérons qu'il sera restauré à la satisfaction des hommes de goût et des hommes de foi.

(*) Aujourd'hui Saint-Germain-en-Brionnais
(1) Mém. de la Société Eduenne, t. IV, p. 417, 427, année 1875.
(2) Nous devons cette communication à l'obligeance de notre collègue, M. Dumay, membre de l'Institut des Provinces.
(3) Biblioth. nation, dép. des mss. F. Français, n° 24, 019, p. 227.

Sybille de Luzy, dame de Dyo

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