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Carte du Dauphiné et des Régions voisines, avec Divisions en Principautés, Comtés, Baronnies, etc., et avec les noms tels qu'on les trouve écrits dans les anciennes Chartes du temps des Princes Dauphins établie en 1710


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Carte du Dauphiné établie en 1710 par Guillaume Delille

Auteur : Guillaume de l'Isle (Delille), membre de l'Académie royale des Sciences et premier géographe du roi très chrétien des Français.

Explication des signes

1 Palais Delphinal (tombé, après 1349, dans le Domaine Royal).
2 Castrum ou, en abrégé. Castr. ou Cast. ou C. (château fortifié).
3 Maison ou Monastère de l'Ordre des Chartreux.
4 Commanderie de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem.

Les lignes ci-dessus, sauf les mots entre parenthèses, sont la traduction de la Légende écrite en latin dans un angle de la carte éditée par Delille.

Notes sur la carte de 1710

Cette carte ajoutée à la fin de l'ouvrage « Chez Nous » publié en 1930 est le fac-similé obtenu par photogravure d'une carte connue des érudits qui figure en tête du célèbre ouvrage paru en 1711-1722 « Histoire du Dauphiné... » par Moret de Bourchenu, marquis de Valbonnais, né à Grenoble en 1651 et mort dans la même ville en 1730. Dans la préface (page VI) M. de Valbonnais déclare qu'il a lui-même fait dresser cette carte et qu'il a relevé les noms latins et les divisions territoriales dans des Traités et Actes publics de 1343-1349. Le géographe Delille ne fait aucune allusion, dans la légende de sa carte, à cette collaboration dauphinoise.

A l'est et au sud. Notre photogravure ne reproduit pas entièrement la carte de Delille, mais seulement la partie qui intéresse.

Chez Nous : nous avons laissé 95 km à l'est et 30 km au sud.

Echelle. Notre reproduction est faite à la même échelle que l'original, soit environ 1/430.000. 1 centimètre sur la carte mesure donc 4 km 300 sur le terrain.

Cadre gradué. Ce cadre indique les Degrés et Minutes, soit de longitude, soit de latitude. Les Minutes sont représentées par tranches de cinq : cette fraction correspond chez nous à 9.260 mètres dans les mesures de latitude. Le dessinateur, avec raison, a représenté moins grandes les Minutes qui fixent la longitude, puisque le Dauphiné est à mi-distance entre le Pôle nord et l'Equateur ; les parallèles diminuent à mesure que l'on s'éloigne de l'équateur et les cinq minutes mesurées sur le 45e parallèle n’équivalent qu'à 6.570 mètres. Les chiffres 9.260 et 6.570 sont tirés de l'Annuaire du Bureau des Longitudes, pour l'année 1913. A remarquer que les Méridiens, en 1710, n'étaient pas numérotés comme de nos jours : ce sont les méridiens 23 et 24 et non 3 et 4 qui fixaient la longitude du Dauphiné. En effet, par ordonnance du roi Louis XIII, le premier méridien était celui qui passait par l'Ile de Fer, la plus occidentale des Iles Canaries, dans l'Atlantique, au large du Maroc méridional. Ce n'est qu'à partir du XIXe siècle que les géographes français ont adopté le méridien de Paris pour point de départ.

Le mot « Castrum ». Comme il a été dit plus haut, ce mot est souvent écrit en abrégé : Cast, ou un simple C. Il figure nombre de fois dans la carte de 1710. Il faut, avant tout, se garder de le traduire par « camp » ou « campement » militaire, entendus au sens de l'époque romaine. Il désigne, à peu près toujours, dans les documents du XIVe siècle, feuilletés par de Valbonnais, avec le sens de « château fortifié, abritant quelques hommes d'armes ». Du reste, dans les documents de la même époque écrits en langue vulgaire, c'est « château » qui correspond à « castrum ». Pourquoi Castrum fut-il adopté à la place de Castellum ? Vraisemblablement pour mieux indiquer la présence des gens d'armes. Notre mot « caserne » est ainsi sollicité dans sa racine à prendre plusieurs sens.

Quelques erreurs

II y a des noms de lieux mal situés, entre autres :
Insula Ciers vel Charusii : Ile de Ciers ou du Chéruy, placée près de Crémieu et non aux Avenières.
Vallis in Velevo : Vaulx-en-Velin, situé non pas entre Décines et Villeurbanne, mais au sud-est de Bourgoin. Ne sont-ce pas les terres de Vaulx et de Vallin, sur St-Victor-de-Cessieu, qui ont causé cette méprise ?
Saint-Germain-de-Cormorouze n'est pas aux confins de Bilieu, mais au nord-ouest du Passage.
St-Geoire-en-Valdaine est écrit trop au sud.
Bellegarde, sur Chélieu, est trop éloigné de la Bourbre.
Excubiae : La vallée et Chartreuse des Ecouges sont sur la rive gauche de l'Isère et non sur la rive droite.
Bellimontis, près de Beaurepaire, est écrit à la place de Bellifortis, car il s'agit du château de Beaufort.
La Chartreuse de Saint-Hugon, région d'Allevard, est nommée mais non indiquée par le signe conventionnel.
La Chartreuse de Portes, près de Villebois (Ain), n'est ni indiquée ni nommée.
Charusius, nom donné à La Bourbre avant son arrivée à Bourgoin, est inexact : le Chéruy venait de Morestel, Trept, Jallieu, avant de s'unir à la Bourbre.

Traduction de quelques mots

Pour les lecteurs qui entendent péniblement le latin, nous rappelons le sens de quelques mots :
Comitatus : Comté.
Vice-comitatus : Vicomté.
Villa : Village et rarement ville, au sens actuel du mot.
Sabaudia : Savoie.
Diensis : de Die.
Vapincesii : de Gap.
Ebredunesi : d'Embrun.
Cameriacum : Chambéry.
Augusta : Aoste.
Fuissinum : Feyzin, près de Lyon.
S. Projectus : Saint-Priest.
S. Agripanus : Saint-Egrève.
S. Eleutherius : Saint-Lattier.
Transmenium : Tréminis.
Mons Inaccessus : Mont-Aiguille.
Claisium : Claix.
Ab. de Ayis : Abbaye des Ayes, sur Crolles.
Domus Calesii : Maison (Chartreuse) de Chalais.
Silva : Chartreuse de la Sylve-Bénite.
C. et A. Bonarum Vallium : Château et Abbaye de Bonnevaux.
Matacena : Mateysine.

Conclusion

Telle qu'elle est, cette carte, l'une des meilleures de l'époque où elle parut, est instructive. Nous voyons par elle ce qu'était la Cartographie à la fin du règne de Louis XIV et les mots latins en usage, dans les documents officiels, à la date de l'annexion du Dauphiné à la France, nous aident à comprendre le sens de nombreux noms de lieux en leur forme actuelle. En se rappelant que de Valbonnais fut aveugle de 1701 jusqu'à sa mort ; que son principal collaborateur, Lancelot, était Parisien et ne résida que cinq ans à Grenoble ; que l'éditeur de la carte de 1710, Delille, n'était pas non plus Dauphinois, l'on n'aura pas de peine à expliquer les erreurs signalées. D'autre part, les mots latins sont ceux d'une époque et, depuis l'occupation romaine, ils ont pu subir de graves déformations. De plus, nombre de mots ne sont pas d'origine latine et ont peut-être été « latinisés » dans un sens autre que le leur. La carte offerte aux lecteurs de Chez Nous est donc un document utile, mais qui ne dispense pas de compulser d'autres documents plus anciens.

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