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Un hommage extraordinaire de Louis XV au maréchal Vauban

Portrait de Sébastien Le Prestre de Vauban Antoine Le Prestre comte de Vauban


[Source : Mémoires de la Société d'histoire et d'archéologie de Chalon-sur-Saône (1932-1933).]

On se prépare à célébrer, en 1933, à Avallon, le troisième centenaire de Sébastien Le Prestre de Vauban, né le 15 mai 1633 à Saint-Léger-de-Foucheret, en Bourgogne (1), et connu dans l'histoire sous le nom de Vauban, auquel on doit tant de travaux militaires qui font encore l'admiration de nos contemporains.

Tombé dans la disgrâce de Louis XIV, qu'il avait servi avec tant de zèle, il mourut de chagrin en 1707, à l'âge de 74 ans.

Vauban avait eu pour collaborateur son cousin (neveu à la mode de Bourgogne), Antoine Le Prestre de Vauban, né en 1659, qui était entré au service du roi en 1678. Antoine Le Prestre avait débuté comme ingénieur au siège de Besançon. Il prit part à tous les sièges que dirigea son parent et commanda seul ceux de Courtrai, de Huy et quelques autres. Maréchal de camp en 1702, il détermina la reddition de Brisach. Devenu lieutenant-général, il contribua ensuite à la défense de Lille, et, en 1714, conduisit les travaux du siège de Barcelone.

C'est en sa personne, à la fois pour récompenser ses longs services et faire oublier les injustices dont le maréchal avait été l'objet à la fin de sa vie, que Louis XV rendit, en 1725, un hommage éclatant au nom de Vauban.

Antoine Le Prestre de Vauban avait épousé Anne-Henriette de Busseul, fille unique du comte de Saint-Sernin, appartenant à la plus ancienne noblesse de Bourgogne et dont le château, dont il ne reste aujourd'hui que des vestiges, notamment les communs, était situé dans la paroisse de Saint-Sernin-en-Brionnais.

Louis XV commua la terre de Saint-Sernin en comté de Vauban, et donna à cet acte les caractères d'honneurs extraordinaires rendus au grand maréchal.

Voici d'ailleurs le texte des lettres patentes données à Chantilly au mois d'août 1725, en vertu desquelles l'ancienne paroisse de Saint-Sernin devint la paroisse de Vauban, nom que porte encore la commune du canton de la Clayette, sur le territoire de laquelle fut érigé, avant la Révolution, le château de Saint-Sernin, devenu celui de Vauban :

Louis, par la grâce de Dieu, Roy de France et de Navarre, etc.

Le témoignage le plus certain que nous puissions donner de notre justice et de notre estime à ceux de nos sujets dont les services ont fait connaître la vertu, c'est de leur accorder des marques d'honneurs qui puissent passer à la postérité ; ces récompenses servent à soutenir le plus solide éclat des familles, en remettant, devant les yeux des descendans de ceux qui les ont mérités, les exemples des belles actions de leurs père : ce qui a animé le zèle de plusieurs sujets à continuer la longue suite des services de leurs auteurs qui ont exposés leur vie au service de leur prince ; et nous le remarquons particulièrement en la personne de notre cher et amé Antoine Leprêtre de Vauban, lieutenant-général de nos armées, grand'croix de l'ordre militaire de Saint-Louis, Gouverneur de notre ville et château de Béthune, ingénieur général, ayant la direction des places de notre province d'Artois, qui sert depuis 52 ans, et s'est trouvé à 44 sièges d'attaques ou défenses de places, villes, citadelles ou châteaux, et dans un grand nombre d'actions où il reçut, en divers tems, 16 blessures considérables.

Il servit à la défense de Lille, en 1708. Il défendit en chef son gouvernement de Béthune, en 1710, où, contre l'attente des ennemis aussi bien que des François, il tint 42 jours de tranchée ouverte ; et, en 1714, il fut choisi par le défunt roi notre bisayeul, et notre cher frère et oncle le roi d'Espagne, pour faire en chef le siège de Barcelone sous les ordres de notre cousin, le maréchal de Berwick.

Dans toute cette longue suite de services, il a suivi les exemples de notre cher et bien-amé cousin Sébastien Leprêtre, maréchal de Vauban, son oncle, issu de la branche cadette de sa maison, qui a servi pendant plus de soixante années d'une guerre presque continuelle, réunissant en sa personne les talens du cabinet dans la paix, avec la valeur et la capacité dans la guerre : ce qui auroit engagé notre Bisayeul de l'élever à la dignité de Maréchal de France et de chevalier de nos ordres, dignités qui sont le comble des honneurs de la noblesse de France.

Et, étant informé que ledit sieur de Vauban, du chef de dame Anne-Henriette de Busseul, son épouse, fille unique et héritière du sieur comte de Saint-Sernin, d'une des plus anciennes maisons de notre province de Bourgogne, qui étoit illustre dès les règnes de l'empereur Othon et de Hugues Capet, qui s'est toujours soutenue par ses services, possède la terre et seigneurie de Saint-Sernin, située dans le Mâconnois, dans laquelle il a tout droit de justice, haute, moyenne et basse, s'étendant en plusieurs paroisses, ayant le titre de baronnie depuis plus de deux cens ans, et qu'il possède la terre et seigneurie de Boyer (2), qui y est joignante et contigüe, dans laquelle il a aussi tout droit de justice, relevant de nous à cause de notre duché de Bourgogne, à cause de laquelle il a droit de séance aux États de ladite Province et dans laquelle il a deux beaux châteaux, plus de cinq cens arpens de bois, tout droits de cens et rentes nobles, services en argent et en grains, droits de lods et ventes et de retrait et retenue aux mutations, corvées d'hommes et de bestiaux, droits de guets et. gardes et tous autres droits utiles et honorifiques, chasse, pêche, dans laquelle la plupart des habitans sont taillables, et de mainmorte, ayant le droit d'y vendre et d'y faire vendre du vin pendant le mois de juillet de chaque année et qu'il est engagiste du droit d'Aide dans l'étendue de ladite paroisse de Saint-Sernin, plusieurs fermes, terres, vignes, bois et autres héritages, qui composent un revenu considérable et capable de porter le titre de comte qu'il nous a humblement supplié de lui accorder sous le nom de Comté de Vauban, que ladite terre portera à l'avenir au lieu de celui de Saint-Sernin.

À ces causes, voulant donner audit sieur de Vauban des marques de notre bienveillance par un titre d'honneur qui puisse faire connoistre à la postérité l'estime que nous faisons de sa personne, en considération de ses longs services et de ceux de notre Cousin, le Maréchal de Vauban, son oncle, pour animer ses descendans, de l'avis de notre Conseil, Nous avons changé et commué, changeons et commuons ledit nom de Saint-Sernin, qu'a porté ci-devant ladite terre, en celui de Vauban, et à laquelle nous avons joint et uni, annexé et incorporé, et, par ces présentes signées de notre main, joignons et unissons, annexons et incorporons sa dite terre et seigneurie de Boyer, avec ses revenus et droits, circonstances et dépendances, pour ne composer à l'avenir qu'une seule même Terre et seigneurie, laquelle nous avons, de notre grâce spéciale, pleine puissance et autorité royale, créée, élevée, érigée et décorée, créons, élevons et décorons par ces présentes à nom, titre, dignité et prééminence de Comté sous la dénomination de Comté de Vauban, pour en jouir par ledit sieur Antoine Leprêtre de Vauban, ses enfants et postérité mâle, nés et à naître en légitime mariage audit nom, titre et dignité de comte.

Voulons et nous plaît qu'ils puissent se nommer et qualifier comtes de Vauban en leurs actes, tant en jugement que dehors, et qu'ils jouissent de pareils honneurs, droits, armes, blasons, autorités, prérogatives, prééminence en fait de guerre, assemblées d'État de noblesse et autrement, tout ainsi que les autres comtes de notre royaume et province de Bourgogne, encore qu'il ne soit ici particulièrement exprimé que tous les vassaux, arrière-vassaux et autres tenans noblement et en roture du comté de Vauban, le reconnoissent pour comte, fassent leur foy et hommage, baillent leurs aveux et dénombremens et déclaration le cas y échéant sous les mêmes noms et titre de comte de Vauban...

Suivaient les clauses habituelles : « Si donnons en mandement à nos amés et féaux conseillers, les Gens tenant nos cours de Parlement à Paris, Chambre de nos comptes à Dijon... » etc.

Les lettres patentes étaient datées ainsi :

« ... Donné à Chantilly au mois d'août 1725 et de notre règne le dixième. »

(Signé) Louis.

(et plus bas)

Par le Roy,

PHELIPPEAUX.

L'original de ces lettres patentes est conservé aux archives de la mairie de Vauban, village de 530 habitants, ayant une superficie de 1660 hectares. Le château de Vauban n'est plus qu'un souvenir, mais les habitants sont très fiers de voir leur commune porter le nom du célèbre maréchal, qui, probablement, ne l'a jamais visitée.

L. GALLAS.

(1) Aujourd'hui Saint-Léger-Vauban, canton de Quarré-les-Tombes, arrondissement d'Avallon (Yonne).
(2) Commune de Saint-Maurice-lès-Châteauneuf.


Compléments

info Vauban, anciennement Saint-Sernin.

info L'ancien fief de Boyer.

info La famille de Busseul.

info Généalogie de la famille Le Prestre de Vauban. pdf

info Mariage le 3 mai 1733 de Jacques Philippe Sébastien Le Prestre comte de Vauban et Anne Joseph de Laqueuille (AD71, BMS 1695-1745, vue 27/126).

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