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La géologie du Charolais-Brionnais

Conférence de Laurent Tacher, chercheur à l'École Polytechnique Fédérale de Lausanne, donnée le 15/09/2006 à Montceaux-L'Étoile, au profit de l'association Les Amis de l'Eglise Romane de Montceaux-l'Étoile.



Laurent Tacher a terminé la saison 2006 des conférences de Montceaux-l'étoile en beauté. Elle a duré deux heures. Captivant est le seul mot qui vienne à l'esprit ! En deux heures, splendides gravures, dessins animés, cartes routières, géologiques, vues du ciel à l'appui, le géologue et hydrogéologue, chercheur à l'École Polytechnique Fédérale de Lausanne (Suisse), a fait parcourir à son public une trajectoire de six cent millions d'années. Il a replacé le Charolais dans un contexte universel, faisant le lien entre divers évènements. La dérive des continents étant le moteur premier de tous les évènements qui, lentement, créeront les reliefs et l'environnement qui sont les nôtres actuellement. A l'ère primaire, le noyau en fusion est couvert d'une fine pellicule de granite. Les paysages, tout au long des époques, apparaissent, splendides, les zones lacustres, les fougères arborescentes et les animaux gigantesques nous dévoilent un Charolais inconnu... A l'ère primaire, les continents n'en forment qu'un. Au secondaire et au milieu du tertiaire, c'est-à-dire très récemment, en somme, le paysage commence à ressembler à celui que nous connaissons. Les Alpes se forment, le Charolais a parfois été sous l'équateur. Au début de l'ère primaire apparaissent les algues vertes. Elles libèrent de l'oxygène. A l'ère secondaire ce sont les dinosaures, les premiers oiseaux et les premiers mammifères. La croûte terrestre se morcelle et des sédiments sont déposés. A l'ère tertiaire, une nouvelle compression forme les Alpes et les Pyrénées. A la fin de cette époque, l'homme apparaît, il y a environ 2 millions d'années. Laurent Tacher démontre qu'une roche qui se brise ne le fait jamais transversalement ou longitudinalement, sinon en oblique, à 45°. On comprend la formation de la vallée de la Loire, de celles de la Saône et du Rhône. La Limagne apparaît, l'axe du Charolais, le bassin de Charlieu (ce dernier est un bassin d'effondrement). Il montre le bombement Nord/sud et les structures obliques, l'effondrement bressan... De Dijon à Montceau-les-Mines, l'effondrement oblique à 45°, reliquat de l'ère hercynienne (primaire) avec comme exemples, le bassin de Blanzy ou la vallée de l'Arconce (qui est sans doute un rejet d'une faille hercynienne. Il superpose la carte topographique et la carte routière et les habitués des conférences de Montceaux-l'Étoile remarquent la coïncidence avec les trajets migratoires de population montrés par Mario Rossi. Alors, pourquoi pas une conférence à deux voix l'an prochain ? Le chercheur nous entraîne avec talent dans ce passionnant roman policier. Il joue avec les couleurs, les photos, les formes, montre les liens entre les différents éléments concernés.... En rouge : le granite, en bleu -de part et d'autre- : le terroir Charolais (grés, marnes du secondaire, en jaune, les terrains plus récents et en gris, les plus récents de tous, ceux du Quaternaire. Il fait ressortir la symétrie des terrains de grés et calcaires (secondaires), bordant le socle primaire du charolais. Il fait apparaître la surrection de l'axe du Charolais et les sédiments à la fin du Tertiaire. Les sédiments et les fossilisations s'expliquent par les mers qui vont et viennent, le réchauffement du climat, les dérives des continents. La forte activité volcanique influe sur la formation du Charolais. Au début du Secondaire apparaissent, en notre région, des terrains propices à la vigne. On voyage vers Chauffailles, on comprend le pourquoi de la pierre des églises de Varenne l'Arconce, Oyé, Amanzé, construits sur des grés. Le sel de baryum, propice à la céramique (St-Julien/St Bonnet), le gypse (pour la plâtrerie et l'amendement des terrains), les phosphates (fossiles de crabes) qui étaient extraits à Oyé, à St-Bonnet, argiles et fossiles (bons pour la vigne) : tout s'explique... et, identité première de la région : les marnes épaisses (40 mètres) des prés d'embouche du Charolais. Au point de vue géologique, le Charolais, c'est cela et pas autre chose ! Tout s'explique : les " dolmens de St-Julien, en grés du d'une extraordinaire dureté ayant permis la construction des églises romanes sauf quatre d'entre elles : Varenne, St-Germain, Bois-Ste-Marie, Montceaux (qui sont en grès déposés au début du secondaire). Il fait aussi le lien avec l'habitat. Des coupes de roches au microscope, permettent de " voir " les grés lessivés, entraînant une intensification du calcaire, faisant migrer la silice et, tels une colle, restructurant la roche entre St-Martin-du-Lac et Semur.... A la fin de la conférence, les questions fusent. Henri Gonard, géologue originaire de Charolles, lui montre, en avant-première la carte géologique du BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) qui sera éditée prochainement (il n'y en avait pas eu depuis 1949). Puis, cerise sur le gâteau, Laurent Tacher a apporté de Suisse un vin blanc délicieux à partager avec les personnes présentes. Tous de dire : vivement la nouvelle saison : à Montceaux, l'excellence est toujours au rendez-vous.

Article de Fabienne Croze paru dans le JSL du 01.10.2006 (http://www.lejsl.com/actu/charolais/20061001.JSA0160.html)

Note sur la formation du terrain crétacé à Semur-en-Brionnais, Abbé Barraud, Mémoires de la Société Eduenne, Tome 9, 1880.

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