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Vignes et vins du Brionnais

Petit Gamay, Ampélographie, Viala et Vermorel

Le Brionnais, situé à l'extrême sud de la Bourgogne, est surtout connu pour ses élevages charolais et ses paysages de bocage. Mais au début des années 1990, on a tenté de faire revivre l'ancien vignoble, qui comptait près de 4000 hectares avant la crise du phylloxéra survenue dans les années 1870-1880. La renaissance du vignoble a fait long feu, mais quelques passionnés ont persisté, avec succès. Une quarantaine d'hectares sont aujourd'hui exploités, et le classement en vin de pays permet de nombreuses expérimentations de cépages.

Saint-Bonnet-de-Cray, une géologue et un œnologue sont devenus vignerons en Brionnais : Le vin du Brionnais ressuscité. Le vin du Brionnais était célèbre en son temps. Quelques audacieux s'aventurent à le faire revivre. Le terroir est très petit, le vin sera confidentiel, réservé aux amateurs de vins sur le fruit, droit, exprimant le terroir. À propos de terroir, Brigitte Boué en connaît un rayon. Elle a fait des études de géologie et possède un diplôme d'œnologie et un autre vigne et environnement, obtenus à l'Université de Bourgogne. Brigitte vient de Côte-d'Or où vit son fils Arnaud, ingénieur agronome et œnologue, responsable de l'exploitation appelée Le domaine des Renaissances. Son mari, Patrick, est le troisième associé de cette aventure vineuse qui est un vrai défi, mais le trio aime les défis. Ils ont démarré l'exploitation en 2011, directement en bio. Une grande partie de leur temps libre est consacrée à cette passion : quand on aime, on ne compte pas. Patrick s'occupe de la taille et des traitements, Brigitte, de l'épamprage, du relevage. Ensemble, ils gèrent la vinification et l'élevage du vin. Arnaud est le factotum du trio familial. Toutes les terres sont plantées en Gamay. Une leur appartient, deux sont louées. Le vignoble se répartit en trois petites parcelles, entre 320 et 380 m d'altitude. Les surfaces se comptent en ares. À Saint-Nizier, ils exploitent une très belle vigne en palissage, louée à M. Ovize, de la côte roannaise. Elle s'appelle "Les Gastilles" (un terrain inculte et dévasté au XIIe siècle, ce qui est excellent pour la vigne). Le linguiste Mario Rossi raconte : « Lorsque les moines s'installèrent à Cîteaux, comme il ne restait plus de terre, on leur laissa Les Gastilles, pleines de pierres ronces et broussailles. On sait le vin qu'ils produisirent. » Oui, le vin aime que la vigne souffre. À Fleury, la parcelle de Sanceny, louée à M. Patel, marque l'emplacement d'une ancienne villa gallo-romaine. À Saint-Bonnet, Le Clos de Saint-Bonnet donne le premier vin commercialisé, depuis l'an passé, sur place, chez un caviste de Charlieu et dans un bar à vin de Beaune. Cette parcelle est composée de marnes grises avec beaucoup de fossiles. Brigitte Boué et Arnault projettent de faire plusieurs cuvaisons pour des vins à boire jeunes et des vins de garde. En novembre, ils replanteront du chardonnay et du pinot sur la parcelle des Moines, à Saint-Bonnet. Cette année, une de leurs trois parcelles a grêlé. Cette grêle ayant été suivie de quatre jours de pluie, il a été difficile de traiter rapidement. Si le beau temps se maintient, la maturité, très tardive, devrait être bonne pour les deux autres parcelles. Site internet du Domaine des Renaissances : http://www.vindepaysbrionnais.com/ (Article rédigé par Fabienne Croze et paru dans le JSL le 06/10/2013)

J.C. Berthillot, à Mailly, le rénovateur du vignoble Brionnais : Chaque Pentecôte, la cave du « Vin des Fossiles » s'ouvre pour 3 jours de liesse afin que les Saône-et-Loiriens soient les premiers à découvrir les vins de la dernière vendange. Les artisans des métiers de bouche proposent leurs produits devant la cave. Le vigneron du « Vin des Fossiles », Jean-Claude Berthillot, président du Centre du Goût de La Clayette, soutient avec force leurs produits « Terroir » qu'ils serviront sur assiette aux deux repas du dimanche. Les collines bordant la Loire étaient, en 1900, couvertes de vignes. La moitié de la population vivait de la vigne ! Ce vin a abreuvé la Cour de Bourgogne et le Bourgeois de Paris. Et puis le phylloxera, le chemin de fer permettant aux hommes d'aller en ville comme ouvriers et de transporter le vin d'Algérie, l'embouche bovine, donnèrent un coup de grâce à ce vignoble. En 90, les élus s'émurent du patrimoine perdu, réunirent la population : qui voulait faire revivre le vignoble Brionnais ? A Mailly, un « fou » de 38 ans, Jean-Claude Berthillot, aidé par des anciens, se lance dans l'aventure et part au Lycée viticole de Davayé. Ce faisant, il plante : Pinot noir, Chardonnay, Sauvignon gris, Pinot gris, Auxerois blanc, en plus du Gamay existant. Avec d'autres, il met en place la coopérative du Haut Brionnais (plus en activité actuellement), puis va exclusivement vers sa propre production reflétant mieux sa personnalité. Il acquiert des terres bourrées de fossiles - d'où le nom -. Sa famille et ses amis l'aident à planter, vendanger, faire connaître son vin (notre homme est parti sans un sou, avec un wagon de crédits !). Il cultive 8 hect. de vignes disséminés sur des coteaux abruptes. Jouant avec la climatologie, il crée des vins de parcelles et d'assemblages. Il invente un pétillant d'Auxerois d'une élégance extrême. Il devient une référence. A sa suite deux autres vignerons s'ancrent dans ce terroir béni des dieux. Ils sont tous, comme lui, en bio ou en reconversion. C'est là un vignoble confidentiel, réservé aux curieux et aux gourmets (Michel Troisgros le sert en son auberge du Colombier, à Iguerande). Site internet du Vin des fossiles : http://vindesfossiles.com/. (Article rédigé par Fabienne Croze, de l'Académie des Ecrivains Publics de France, site internet : De l'écoute à la plume)

Citation : "Brionnois ou Briennois, petit pays de la Bourgogne, sur les confins du Bourbonois. Son chef-lieu étoit Semur. Cette petite contrée, enclavée dans l'Autunois, est fertile en blé, en vins & en excellens pâturages. On y élève beaucoup de bestiaux, & ses vins deviennent très bons lorsqu'ils sont gardés. Ce pays fait aujourd'hui partie du département de Saône & Loire." Source : Encyclopédie méthodique. Géographie-physique. Tome 3 , par M. Desmarest (1809).

Au XVIIIème siècle, Courtépée dans sa " Description du Brionnais " donnait les indications suivantes :

AMANZÉ : Pays à moitié vignoble.

ANZI-LE-DUC : Le Mont, les Vifs donnent du vin gris ; le rouge est fort commun.

AVRILLI : Quelques vignes.

BAUGY : Vignes sur le petit côteau de Chenou Campus novus.

BRIAN : Coteau de vignes ; celui de Marchay est le meilleur.

CHAMBILLI : Champvigni, sur le penchant de la colline, au bout d'un grand vignoble, est dans une situation plus belle & plus saine. Vin médiocre.

JONZYE : Assez bon vin commun.

L'HOPITAL-DE-CHENAI et CHENAI-LE-CHATEL : Vin commun.

MAILLY : Vin commun.

MONCEAU-L'ÉTOILE : Vin commun.

OUROUX sous le bois de Sainte-Marie : Quelques vignes.

OYÉ : Vignes plantées en assez grande quantité, dont le vin est très médiocre.

SAINT-CHRISTOPHE : Peu de vignes

SAINT-DIDIER : Petit coteau de vignes.

SAINT-GERMAIN-L'ESPINASSE : Pays de vignes.

SAINT-JULIEN-DE-CRAY : Vin fort dur.

SAINT JULIEN DE SIVRY : Vignes.

SAINT-MARTIN-DU-LAC : Le vin du lieu passe pour bon dans le pays.

SARRI OU SARRIE : Vin très commun.

SEMUR-en-BRIONNAIS : Vins communs parmi lesquels on distingue le canton de la Cray.

VARENNE EN BRIONNOIS : Vin commun.

VARENNE-REUILLON : Vin commun

YGUERANDE OU AIGUERANDE : Noël Dinet a laissé aux pauvres de sa Paroisse un vigneronage (domaine en vigne) en 1748. Côteaux de vignes, dont le Monguillard est le plus estimé.

Voici d'autres articles parus dans le JSL en 2007-2008 et consacrés au vignoble du Brionnais :

Oyé, la vendange a été tout à fait acceptable : Les vendanges ont été tout à fait acceptables au Breuil, lieu-dit situé sur la commune d'Oyé, dans le canton de Semur-en-Brionnais. La vigne est située sur la commune d'Amanzé, mais se trouve tout près de la maison et du cuvage du propriétaire, Michel, installé à Oyé. Michel a planté sa vigne il y a une cinquantaine d'années. Et elle a encore donné des raisins fruités. Une équipe de famille, voisins et amis, était à pied d'œuvre par ce bel après-midi ensoleillé. La vendange est moyenne. Mais, avec modération, bien sûr, on boira le vin l'an prochain, quand il sera « fait ». Ce sera toujours le vin de la convivialité. La photo a saisi la troupe en réconfort autour d'un « canon » après l'effort, avant d'emmener les raisins au cuvage. La maîtresse de maison avait préparé un excellent et copieux repas, très apprécié en fin de journée. (Le JSL, 08/10/2008)

Chassigny-sous-Dun, vendanges dans la plus pure tradition : André Roy, le propriétaire, a décidé d'arrêter d'exploiter sa vigne. Un groupe d'amis qui veut conserver les traditions, a pris la relève et cultive les 13 ares de vigne. Ce qui donne un petit rosé sympathique pour la consommation familiale. La bonne humeur règne toute l'année sur le coteau de la Combe Renaudin, lors des nombreuses interventions. Samedi, le raisin étant mûr, serpettes en main, les vendangeurs se sont activés le matin au ramassage des grappes juteuses. Ils ont utilisé le pressoir manuel, vieux de près de 100 ans, pour en extraire le nectar. Ils remercient le propriétaire du pressoir. En attendant début décembre, le vin nouveau est stocké dans la cave de l'association. Les vendangeurs ont profité de cette journée pour se retrouver au restaurant de la gare pour un bon repas. (Le JSL, 04/10/2007)

Saint-Didier-en-Brionnais, les vendanges de Grande Terre sont achevées : Cette année la récolte sera confidentielle. La vigne a demandé tout l'été des soins constants. Fort heureusement, un temps de rêve pour le temps des vendanges a contrebalancé ces désagréments. Après un été « pourri », les vendanges ont bénéficié d'un temps idéal : des nuits fraîches, des journées ensoleillées. Edouard Déchelette et sa collaboratrice, Yolande Hourcourigaray, aidés par Christian Jondet, ouvrier agricole au domaine, ont passé tout l'été à traiter le vignoble : « Nous étions bleus à force de pulvériser de la bouillie bordelaise ! Nous avons aussi passé énormément de temps à égrapper (faire tomber les grains abîmés) : c'était un véritable travail de dentellière ! » Pendant les vendanges, Edouard Déchelette, avait donné consigne de mettre par terre toutes les grappes insuffisamment mûres. « Bien sûr, la quantité ne sera pas aux rendez-vous mais la qualité m'importe plus que la quantité. Nous serons obligés de chaptaliser à 1 gramme 5. Le taux autorisé est de 2 grammes et dans le nord de la Bourgogne, les vignerons ont demandé une dérogation à 2 g 5. Comme nous sommes trois sur un domaine, somme toute assez restreint, nous avons pu enlever au fur et à mesure tous les grains mal mûris ou abîmés. Cela a permis à ceux qui restaient sur la grappe de se rattraper quand le temps est devenu plus clément. » Le vignoble de Grande Terre se répartit, en 6 parcelles, sur 1 hectare 5. Il s'étend sur le Charolais et le Brionnais : une parcelle à Amanzé, deux à Oyé, une à St Julien de Civry, une à Fleury, une à Semur. « A Semur, nous faisons un peu de Chardonnay. Nous en avons aussi planté sur la deuxième parcelle d'Oyé. Il faudra attendre deux ans pour le récolter. Cette année, la date des vendanges était difficile à définir : mauvaises conditions en août provoquant une maturation irrégulière et la météo annonçait du beau temps avec orages, éventuellement, orages de grêle : nous avons terminé la veille ! » Ils expliquent qu'ils ont taillé d'une manière drastique, ce qui a permis d'éviter la pourriture. Le cep avait ainsi suffisamment d'énergie pour bien alimenter les grappes. Cette année, ils feront une cuvée de Gamay l'essentiel de la production, avec une vinification « classique », en cuve inox (macération semi-carbonique), en éraflant (fait d'enlever le « squelette » de la grappe) partiellement la grappe, contrairement à ce qui se fait dans le Beaujolais où l'on n'érafle pas. Cette année, ils érafleront d'avantage car la raffole a craint le mildiou. Elle est responsable de l'astringence et des goûts herbacés. Le vin est aéré pendant sa fermentation alcoolique. Ils réaliseront, pour la toute première fois, une deuxième cuvée : du rosé de Gamay, en « pressurage direct », foulé aux pieds. L'avantage de ce procédé est de produire un vin vif, nerveux. On obtient une extraction importante des arômes primaires (fruits et fleurs). En général, plus on limite, pendant la fermentation alcoolique, la montée en température, plus on garde les arômes. L'excès de montée en température, peut détruire certaines levures. Pour les Gamay, elle doit se situer entre 25 et 30 degrés et pas au-delà. Les blancs ont été récoltés « à la fraîche », à Semur, et porté dans le cuvage, lui aussi- particulièrement frais, dans l'heure qui suit. C'est l'idéal pour les blancs. Grande Terre produit actuellement moins de 200 bouteilles de Chardonnay. Ceci en attendant la récolte d'Oyé, dans 2 ans, lorsque les ceps auront leur 3ème feuille. Cette belle parcelle a été plantée sur une ancienne vigne dominant Oyé, sur un coteau, « en Botteron », exposé sud-est qui, de ce fait, bénéficie du réchauffement dès le matin, sans subir les ardeurs du couchant et ce, sur un sol argilo-calcaire. Edouard Déchelette a commencé son métier de vigneron en 2000 mais a demandé, et obtenu, l'appellation « Vin de Pays de Saône-et-Loire » seulement en 2005. Précisons que les vins de pays doivent répondre à des normes très strictes et sont contrôlés chaque année par un jury. En conclusion 2007 sera une année difficile où le travail estival et la méticulosité, le savoir-faire du vigneron joueront un rôle majeur. Les vendanges se sont achevées par la fameuse fête de la Revoulte (*) : c'est un repas festif où l'on boit, l'on chante, l'on mange, heureux de « poser enfin les armes ». Et pourtant, au Domaine, la fabrication du vin ne fait que commencer. Article rédigé par Fabienne Croze, Le JSL 30/09/2007.

(*) Dans bien des régions on nomme tout simplement ce repas festif : « repas de fin de vendanges ». Dans d'autres, il porte un nom spécifique, généralement issu du patois ou faisant référence à des travaux des champs. Dans le Bordelais, c'est la Gerbaude, dans le Sud Ouest, dans le Pays Basque, l'Escoubassou, en Champagne, on a affaire au Cochelet, en Bourgogne du nord, c'est la Paulée, dans le Rhône, la Poêlée. Enfin, en Beaujolais, en Côte Roannaise et en Bourgogne du sud, c'est la Revoulte, encore appelée la Revoule. Fabienne Croze, Le JSL 23/10/2010.


info Pour en savoir plus : " Le vignoble brionnais autrefois - aujourd'hui " par Louis Callier, Revue Mémoire Brionnaise, numéros 2, 3 et 4.

info Pour en savoir beaucoup plus : " Ampélographie, Traité général de viticulture ", Tome 3, par Pierre Viala et Victor Vermorel (1902), BNF/Gallica

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